Interview par Océane Ilunga

Mujinga Kambundji : Le sprint comme art de vivre

L’athlète suisse nous partage son parcours, ses défis, et ses ambitions pour les Jeux olympiques.

À 31 ans, Mujinga Kambundji continue de briller sur les pistes d’athlétisme. Née et élevée à Berne, cette sprinteuse passionnée, spécialisée dans le 100 et le 200 mètres, pratique l’athlétisme depuis son plus jeune âge. Solaire et rayonnante, Mujinga incarne à la fois la détermination et la joie de vivre, portant haut les couleurs de la Suisse sur la scène internationale. Dans cette interview, elle partage son parcours, ses défis, et ses ambitions pour les Jeux olympiques à venir.

Mujinga Kambundji

Image : © EPManagement, Gartner

Mujinga Kambundji, qu’est-ce qui vous a inspiré à devenir sprinteuse ?

J’ai toujours aimé le sport. Il n’y a pas eu un moment précis où j’ai décidé de devenir sprinteuse ; j’ai toujours aimé bouger et pratiquer diverses activités sportives. À sept ans, je me suis inscrite au Visanasprint, une compétition de course d’abord régionale, puis cantonale, et enfin nationale, centrée sur le sprint. C’est à travers l’école que j’ai découvert cette compétition, et c’est ainsi que j’ai commencé à pratiquer l’athlétisme. Dès l’âge de sept ans, j’ai participé à des compétitions et à neuf ans, j’ai débuté les entraînements, mais cela restait un hobby. Au début, je pratiquais un peu toutes les disciplines. Ce n’est qu’à partir de mes 15 ans que je me suis concentrée sur le sprint, car c’était ce que j’aimais le plus et ce dans quoi j’excellais. Devenir une sportive professionnelle n’a jamais été un plan de carrière. J’ai simplement pris plaisir dans cette discipline, cherché à m’améliorer, et me suis fixé constamment de nouveaux objectifs. Tout s’est mis en place naturellement.

Quels ont été les moments les plus marquants de votre carrière jusqu’ici ?

Il n’y a pas eu de moment spécial. J’ai simplement évolué en remportant constamment des victoires dans ma catégorie, ce qui m’a inconsciemment donné beaucoup de confiance en mes capacités. L’athlétisme était un sport plutôt marginal en Suisse, avec peu de professionnels. À l’époque, la Fédération ne croyait pas qu’il était possible pour les athlètes suisses de devenir professionnels et de gagner des médailles. Il y avait bien sûr des exceptions, mais le contexte général véhiculait l’idée qu’il était presque impossible de réussir en tant que sprinteuse adulte.

Cependant, je pense que ce qui a marqué un tournant dans ma carrière, ce sont les Championnats d’Europe de 2014 à Zurich, où j’ai participé au 100 et au 200 mètres. J’ai terminé quatrième au 100 mètres et cinquième au 200 mètres, réalisant une énorme progression. Tout le monde a été surpris. Cela m’a montré que même sans gagner de médaille, je pouvais être parmi les meilleurs. J’ai alors ressenti qu’il possible d’aller plus loin. Ma perception de ce qui était réalisable a changé après Zurich 2014.

Il y a-t-il une préparation spéciale pour les Jeux Olympiques ?

Pas vraiment. Nous nous préparons chaque année de manière similaire. Chaque année apporte ses propres défis et faiblesses à surmonter, mais finalement, l’entraînement reste assez constant. C’est évidemment une période spéciale, surtout au niveau de l’état d’esprit.

Quelle différence y a-t-il entre jouer aux JO et participer à d’autres championnats ?

Pour moi, c’est avant tout l’histoire des Jeux : l’athlétisme est le sport olympique par excellence. Ce sera la quatrième fois que je participe aux JO cette année, si tout se passe bien (rires). J’ai déjà participé aux JO de Londres en 2012, de Rio en 2016 et de Tokyo en 2021.Ce qui me frappe particulièrement, c’est que tout le monde sait que les JO ont lieu cette année.

En revanche, lors des championnats du monde, ce n’est pas toujours le cas. Tout le monde est au courant que je me prépare pour les JO, même mon voisin. Je ressens une plus grande attention et des attentes accrues de la part du public cette saison. Même si, en termes de compétition, il n’y a pas énormément de différence, il y a une autre ambiance, une autre pression, parce que les JO n’ont lieu qu’une fois tous les quatre ans. C’est très spécial.

Vous collaborez étroitement avec le groupe Hirslanden. Pouvez-vous nous expliquer en quoi la médecine sportive joue un rôle dans votre préparation et votre récupération ?

Hirslanden possède de nombreuses cliniques à travers toute la Suisse. Ils me soutiennent principalement sur le plan médical, en s’occupant de la prévention, des contrôles et des traitements. Comme être en bonne santé est la condition essentielle à toute performance sportive, ils jouent un rôle crucial pour moi.

On ne peut jamais vraiment connaître son véritable potentiel, il faut simplement essayer de faire de son mieux.

La médecine sportive est extrêmement importante, particulièrement la prévention des blessures. La récupération est tout aussi essentielle pour un athlète professionnel. Si vous ne récupérez pas correctement, il est impossible de s’entraîner à un niveau aussi élevé. Étant donné que nous nous entraînons souvent jusqu’à nos limites, le corps s’use. C’est pourquoi j’ai toujours besoin d’une équipe médicale capable d’agir en amont et de réagir rapidement si besoin. En 2019, je me suis déchiré les ligaments. Dans un moment pareil, la rapidité de réaction est primordiale. Grâce à Hirslanden, j’ai pu immédiatement consulter des spécialistes, analyser le problème et trouver des solutions. En plus, leur vaste réseau médical est un atout majeur.

Ce n’est pas seulement une clinique avec un médecin, mais un ensemble de ressources et de compétences qui permettent d’élaborer le plan de récupération parfait selon mes besoins. Pour un athlète, le temps est souvent un facteur décisif, et Hirslanden, habitué à travailler avec des sportifs, comprend cela parfaitement. En tant qu’athlète, c’est rassurant de savoir que je peux compter à tout moment sur leur expérience et leur soutien.

Pourriez-vous partager quelques stratégies ou routines que vous suivez pour éviter les blessures ?

Je pense que le plus important, c’est d’être toujours en forme à l’entraînement et de ne pas y aller épuisée. Si on a eu trois ou quatre jours où on n’a pas bien dormi, il vaut toujours mieux en faire moins que trop. Au final, on peut s’entraîner parfaitement toute l’année, mais il suffit d’une seule course pour se blesser. Il est essentiel de bien connaître son corps et de savoir l’écouter. Je fais beaucoup de prévention et profite du large réseau du groupe Hirslanden : je collabore notamment avec médecins du sport, des physiothérapeutes, des chiropracteurs et des ostéopathes. Je surveille également mes analyses sanguines. Parfois, on se sent fatigué sans raison apparente, et c’est souvent dû à un manque quelque part. Cette fatigue peut nous rendre moins efficace à l’entraînement et conduire à une blessure.
Je me suis aussi fixée une règle, car en tant qu’athlète, on a toujours des petites douleurs quelque part , c’est normal (rires). Si j’ai mal mais que je peux quand même m’entraîner, je supporte, il suffit de vérifier que ça ne s’aggrave pas. Mais si la douleur m’empêche de m’entraîner, c’est un signe que je dois consulter un médecin. Dans ce cas, je contacte souvent Hirslanden en urgence, et à chaque fois, ils s’arrangent pour me recevoir le jour même. Ils font tout leur possible pour organiser une IRM ou une échographie si nécessaire, et c’est vraiment rassurant.

Mujinga Kambundji

Image : © EPManagement, Gartner

Quels sont vos objectifs à long terme dans l’athlétisme ?

Mon objectif est de tester mes limites et de m’en approcher le plus possible. J’espère un jour pouvoir terminer ma carrière en étant certaine que je n’aurais pas pu faire beaucoup mieux. On ne peut jamais vraiment connaître son véritable potentiel, il faut simplement essayer de faire de son mieux. Après ma carrière, honnêtement, je ne sais pas encore (rires). J’avais commencé une formation en économie en 2013, que j’ai mise en pause à cause de l’athlétisme. Je terminerai donc cette formation, mais ensuite, je ne sais pas si je travaillerai dans le domaine de l’économie ou du sport.

Comment parvenez-vous à équilibrer votre vie sportive et personnelle ?

En tant qu’athlète, il faut parfois être un peu radicale, surtout pendant les périodes chargées comme les compétitions. Ces moments impliquent beaucoup de voyages, des expériences intenses et un besoin crucial de repos. Durant ces périodes, j’ai beaucoup moins de temps pour mes amis et ma famille. Même si j’aimerais être plus présente, je dois prioriser ma récupération. Cependant, j’essaie de profiter pleinement des moments où j’ai du temps libre. J’ai manqué tellement d’anniversaires parce que je ne pouvais pas y assister.

Regrettez-vous ?

Sur le moment, je regrette de ne pas pouvoir être là, c’est sûr. Mais pour moi, c’était toujours clair que ma priorité est le sport, ce n’est pas une décision. Pendant la saison, c’est évident, mais pendant les vacances, c’est différent. Mon entourage est très compréhensif. Je sais que c’est une période de ma vie et dès que j’arrêterai, ce sera différent. Il faut donner tout ce qu’on a pendant sa carrière.

L’athlétisme est un sport assez solitaire, qu’est-ce qui vous motive à continuer ?

Sur la piste en compétition, oui, on est seul, personne ne peut nous aider. Mais en dehors, l’équipe est énorme. J’ai plusieurs entraîneurs et un grand staff médical. Il y a beaucoup de gens autour de moi qui font tout pour que je puisse performer au mieux. Ma famille me soutient également. Sans toutes ces personnes, ce serait beaucoup plus dur, je pense. Ce qui me motive, c’est d’explorer mes limites, voir jusqu’où je suis capable d’aller.

Avez-vous des loisirs en dehors de l’athlétisme ?

Je n’ai pas toujours beaucoup de temps, alors quand j’ai un peu de temps libre, j’aime le passer avec ma famille. J’adore rendre visite à ma grand-maman dans sa ferme dans l’Oberland bernois, m’asseoir sur une chaise longue et profiter de la nature. J’aime aussi profiter de mon jardin sur la terrasse. L’année passée, j’ai commencé le golf et j’ai trouvé cela sympa.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes athlètes qui souhaitent suivre vos pas ?

Il est crucial d’aimer ce que l’on fait et de le faire pour soi-même, pas pour quelqu’un d’autre. Il faut toujours chercher à s’améliorer, à comprendre pourquoi quelque chose n’a pas bien marché et quels sont les points d’amélioration. Il n’y a pas de recette unique pour le succès. Chaque athlète est différent, il faut trouver son propre chemin.

Quel est votre mantra ?

Je dirais : Il y a toujours une solution, il faut juste la trouver. Parfois, il faut faire des sacrifices ou accepter que les choses ne se passent pas comme prévu, et cela n’est pas très agréable, mais il y a toujours une solution. Trouve la solution (rires) !

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28.06.2024
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