Interview

«Être suisse c’est compliqué!»

01.10.2020
par Andrea Tarantini

Qu’est-ce que cela signifie «être suisse»? Yann Lambiel, l’humoriste et imitateur suisse-romand, auteur de la «Suissitude», se propose de nous l’expliquer.

En 2018, Yann Lambiel publie en ligne «La Suissitude», une parodie de la chanson la «Tristitude» d’Oldelaf. Sa création a battu son plein et, sur les réseaux sociaux, les commentaires se sont rapidement enchaînés. «Multiple, perfectionniste, suisse-romand, sympa et drôle (parfois j’espère)», voici comment se décrit l’humoriste et imitateur suisse-romand. Mais, pourquoi est-il suisse-romand avant d’être suisse et quelles sont les valeurs des Suisses? Nous le lui avons demandé dans l’interview qui suit.

Yann Lambiel, votre «Suissitude» et la description des Suisses que vous proposez sont un succès. Mais remettons l’église au milieu du village: qu’est-ce que cela signifie «être suisse»? 

Être suisse c’est compliqué! Nous avons trois langues et donc trois références culturelles différentes. On est ensemble, tout en étant éloignés, on se connaît, tout en ne se comprenant pas et on s’aime, tout en nous critiquant. Je pense que c’est un bon résumé (rires). Je dirais que la Suisse c’est comme une pomme: il y a la peau, les pépins et la chair, trois choses qui n’ont rien à voir les unes avec les autres mais qui, ensemble, forment un tout cohérent – plus ou moins (rires).

Comment est née l’idée de la «Suissitude»?

Il s’agit d’une chanson que j’ai écrite un dimanche soir pour ma chronique de 7h50 sur LFM radio. Je venais de découvrir la «Tristitude» d’Oldelaf et je l’ai parodiée en «La Suissitude». J’ai mis par écrit des idées et j’ai ensuite sélectionné les meilleures. La partie que je préfère c’est: «la Suissitude, c’est avoir un compte dans un autre paradis fiscal» (rires).

Si vous deviez utiliser cinq adjectifs pour décrire les Suisses, lesquels utiliseriez-vous?

Les Suisses sont complexes, multiculturels, riches, ouverts mais, en même temps, fermés.

La Suisse c’est comme une pomme: il y a la peau, les pépins et la chair, trois choses qui n’ont rien à voir les unes avec les autres mais qui, ensemble, forment un tout cohérent – plus ou moins (rires).

Multiculturels et multiples, ces deux termes vont-ils de pair?

Oui. Tout d’abord, nous sommes multiples dans les langues. Ceci ne nous aide pas à nous comprendre mais nous force à faire l’effort de nous intéresser à l’autre. Nous sommes différents culturellement, en matière de musique, références et sensibilités. Nous sommes donc également multiples dans l’humour. Mais être multiple est aussi une richesse à mon avis.

Votre spectacle lui aussi est «Multiple». Pouvez-vous nous en dire plus?

Il s’agit d’un tour d’horizon de notre actualité et d’un véritable show dans lequel je fais aussi place à la musique. Dans «Multiple», j’ai mis tout ce que j’aime: le show, le mime, la ventriloquie, le chant, la musique et la satire politique évidemment. Je l’ai créé avant la pandémie et j’ai donc dû réécrire certains passages pour le «pandémiser», mais sans trop en faire car je pense que les gens en ont un peu marre. Tout comme moi d’ailleurs (rires). J’y traite de nombreux sujets comme l’écologie, le handicap, les voyages linguistiques, l’Europe, le Conseil fédéral à l’aide de nouveaux personnages comme Berset, Parmelin, Cassis, Jollien, Mike Horn ou Philippe Etchebest par exemple.

«Multiple» – en tournée sur toute la saison 20/21:

  • 19.10 Neuchâtel – Théâtre du Passage
  • 29-30.10 LaTour-de-Peilz-Les remparts
  • 20.11 Genève – Théâtre du Léman
  • 18-19.12 Le Locle
  • 19-20.01 Vevey – Reflet Théâtre

Plus d’informations et autres dates sur www.yannlambiel.ch

De quoi sont-ils fiers les Suisses?

Je pense qu’ils sont fiers d’appartenir à leur canton avant d’être fiers d’être Suisses. À l’étranger, ils se vantent de leur fédéralisme, de leur neutralité – quand cela les arrange – et du consensus, un concept que j’adore. D’ailleurs, je discutais avec un Français récemment et je me suis rendu compte que, pour nous, le consensus c’est une avancée alors que, pour un Français, c’est un échec parce qu’il n’a pas pu imposer sa volonté.

En hiver ils sont sur les skis, mais où se cachent les Suisses en été?

Cet été, ils étaient au bord du lac, dans le lac et même sur le lac. Partout en somme. Le bord du lac Léman c’est la côte d’Azur.

Nous représentons sans doute un espace de stabilité pour les autres pays.

Fondue, raclette et chocolat, qu’est-ce qu’ils mangent d’autre les Suisses?

Cenovis, parfait, longeole et papet vaudois.

Qu’est-ce que signifie la neutralité?

C’est un mythe (rires). C’est drôle parce que nous sommes neutres mais nous vendons tout de même des armes à l’étranger. La neutralité, c’est l’art de ne pas trop se mouiller. Mais nous représentons sans doute un espace de stabilité pour les autres pays.

Comment les habitants de France voisine voient-ils les Suisses?

Ils les voient riches, lents et ennuyeux. Amenez un Parisien à Lausanne: il aura l’impression que rien ne se passe en Suisse. Mais certains aiment quand même le calme de notre pays, puisqu’ils restent tous chez nous…pour la beauté du paysage (rires).

Et vous, êtes-vous un bon Suisse?

Je suis très Suisse. Par exemple, j’ai toujours énormément de papiers dans mes poches parce que je n’ose rien jeter. Autrement, je m’excuse tout le temps, je suis toujours à l’heure et je panique quand je ne reçois pas mes factures.

Trois expressions que vous adorez…«en haut dessus», «en bas des- sous», «écoute voir» et «c’est bonnard».Vacances à la mer ou à la montagne?J’ai souvent passé mes vacances à la montagne quand j’étais petit. Mais j’aime aussi l’eau et je suis tombé amoureux du Lac Léman.

Fondue fromage ou bourguignonne? Potence, c’est délicieux.

Biscuits Kambly ou Cœurs de France (Palmiers)? Ce n’est pas facile. Les deux.

Wawrinka ou Federer? Wawrinka. Federer c’est devenu une marque. Wawrinka est plus romand et complexe mais, en même temps, accessible. C’est un personnage plus intéressant à imiter.

Est-ce que vous avez un bonnet Crédit Suisse? Oui, je dois en avoir un quelque part dans mes accessoires. Quand j’étais petit on l’avait tous au ski club! C’est ce qui distinguait les Suisses des touristes.

«Tchô bonne» ou «salut, bonne journée»? «Tchô bonne» bien évidemment.

Interview Andrea Tarantini

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