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«Voyager dans l’espace, c’est prendre conscience de la beauté et de la fragilité de la Terre»

29.09.2021
par Andrea Tarantini

Claude Nicollier, astrophysicien, pilote militaire, astronaute suisse de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) et actuellement professeur honoraire au sein de l’EPFL nous fait voyager dans l’espace en nous parlant de son inhabituelle beauté et du tourisme spatial.

Claude Nicollier, comment est née votre passion pour l’espace?

C’était un rêve d’enfant. La citation d’Antoine de Saint-Exupéry «Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve, une réalité» reflète parfaitement ce que j’ai vécu. Ma vie était en effet alimentée par un rêve très profond que j’ai décidé de transformer en réalité dès que j’en ai eu l’opportunité. Lorsque j’étais dans mes années 20, j’ai suivi avec passion le programme Apollo qui concernait bien sûr les Améri- cains avant tout, mais qui a aussi été une formidable source d’inspiration pour tous les habitants de la planète Terre. Puis, en 1975, les États-Unis ont invité l’Europe à participer au programme de la navette spatiale. Je me suis proposé pour la sélection et, une année plus tard, j’ai été choisi aux côtés de Ulf Merbold (Allemagne) et Wubbo Ockels (Pays-Bas).

Faites-nous aussi voyager dans l’espace: à quoi ressemble-t-il?

C’est magique d’être en apesanteur, de faire le tour de la planète en une heure et demie, seize fois par jour terrestre, et d’avoir cette vue globale et privilégiée de la Terre. Lorsqu’on se trouve dans la partie jour de l’orbite terrestre avec le soleil en dessus de l’horizon, l’œil est sur le mode de jour et il n’a pas la sensibilité pour voir les étoiles. Le ciel est noir. Toutefois, après le coucher du soleil – en 20 secondes seulement – on vit dans la nuit orbitale pendant une demi-heure. Les étoiles et la Lune dans le ciel forment un spectacle absolument splendide.

 

Quelles ont été vos plus belles expériences?

J’ai vécu de nombreuses belles expériences. Les moments que j’ai préférés sont ceux que j’ai passés avec le Télescope Hubble en orbite et surtout lors de mon dernier voyage. J’ai en effet réalisé une sortie extravéhiculaire pour échanger des composantes du Télescope. J’étais vraiment ému lorsque, pour la première fois, j’ai eu l’occasion d’un contact physique avec l’observatoire orbital. Il s’agit d’un véritable trésor pour les astrophysiciens et le public, et pouvoir réaliser des travaux de maintenance pour assurer son bon fonctionnement était pour moi un grand privilège.

 

Le tourisme spatial est en plein essor. Que pensez-vous de cela?

Je pense sincèrement que donner la possibilité aux non-astronautes de visiter l’espace est une bonne chose. On parle «d’espace pour tous». Soyons bien clairs: ce n’est pas vraiment le cas aujourd’hui. Il faut quelques centaines de milliers de dollars pour un bref voyage spatial suborbital et quelques dizaines de millions pour quelques jours en orbite. Vous avez le choix si vous avez les moyens! Tous les touristes spatiaux ne vont pas dans l’espace uniquement pour se faire plaisir, mais avec un but d’inspiration pour d’autres. J’ai été impressionné par Anousheh Ansari et son livre «My Dream of Stars». Cette femme américaine, d’origine iranienne, a toujours rêvé d’étoiles. Après avoir immigré aux États-Unis et être devenue une femme d’affaires influente, elle a pu se payer un voyage de dix jours dans l’espace en 2006, réalisant son rêve d’enfant et motivant aussi les femmes dans le monde à prendre en main leur avenir.

 

Atteindre Mars et en faire une terre d’accueil pour des colonies humaines. Qu’en pensez-vous?

Je soutiens à 100% l’exploration robotique et habitée de la planète Mars, mais je suis très sceptique à l’idée de sa colonisation. Vivre à long terme dans l’environnement de cette planète sera pratiquement impossible, ou pour le moins très inconfortable et dangereux pour l’être humain. Sur Mars, il fait très froid, l’atmosphère de gaz carbonique a moins d’un centième de la pression atmosphérique au niveau de la mer sur Terre et on n’est nullement protégé contre l’impact de particules cosmiques. Ces conditions forceraient les visiteurs à vivre dans des habitats en profondeur.

Petite curiosité: pensez-vous que nous soyons la seule forme de vie dans l’univers?

Je suis convaincu que l’univers craque de vie. Il y a des centaines et des centaines de milliards de planètes dans l’univers et je ne peux pas imaginer que la vie se soit développée uniquement sur notre planète. À mon avis, une source de rayonnement stellaire proche, une température moyenne (avec de l’eau liquide) et une bonne composition chimique peuvent donner naissance à une forme de vie, initialement primitive et avec une évolution dépendant d’un grand nombre de phénomènes et conditions aléatoires.

Interview Andrea Tarantini

Images zVg 

2 réponses à “«Voyager dans l’espace, c’est prendre conscience de la beauté et de la fragilité de la Terre»”

  1. Monsieur Nicolier est un personnage exceptionnel de notre époque ! Un vrai TINTIN qui a vécu les rêves de milliers de gens de tous âges…avec un charisme et empathie hors du commun ! Bravo MONSIEUR ! Doc Silac comédien humoriste

  2. Au grand plaisir d’assister à l’une de vos prochaines conférences et de recevoir des informations en ce sens ! Merci

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