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Habitat et quartiers durables: objectifs ambitieux

24.11.2020
par Andrea Tarantini

La nécessité de progresser en matière de durabilité se traduit souvent par de nouvelles avancées. Cependant, nous devons mettre en œuvre plus systématiquement certaines pratiques classiques. Ainsi, dans les domaines de l’habitat et de l’urbanisme, il faut mieux faire connaître les nouvelles pistes et rappeler des approches traditionnelles.

Au-delà des aspects constructifs et énergétiques spécifiques au bâti, la mutualisation d’espaces, biens et services est une stratégie prometteuse en matière de durabilité. Concevoir un immeuble en misant sur la mutualisation permet en effet de gagner de la place au niveau des surfaces privées, de minimiser les besoins en équipements et d’optimiser la gestion des ressources.

Par ailleurs, la mutualisation favorise aussi la dimension sociale du vivre ensemble. Et il s’agit là d’une dimension tout aussi essentielle à la durabilité que l’optimisation du bâti. Mais à quoi ressemble un immeuble conçu dans cet esprit? Le bâtiment pourra comprendre une chambre d’amis partagée, une salle polyvalente, un toit terrasse avec potager, une buanderie, etc. Toute possibilité de mise en commun et d’usage partagé est en principe envisageable.

L’application du modèle en Suisse

Ce modèle connaît en Suisse un développement notable au sein des coopératives participatives d’habitation. Et sans doute il aura un succès croissant. Parfaitement applicable à la réalisation d’immeubles de logements à loyer abordable, il peut répondre à des ambitions écologiques élevées et proposer un mode d’habiter qui redonne du sens au vivre ensemble. L’usage partagé des éléments mis en commun demande toutefois aux habitantes et habitants de s’appuyer sur des règles collectives rigoureuses. Là se situe une difficulté pour l’appropriation du modèle par les acteurs dominants du secteur immobilier.

Contrairement aux coopératives participatives d’habitation, la presque totalité des autres acteurs de l’immobilier n’ont pas le savoir-faire nécessaire à la mise en place et au suivi d’un tel mode organisationnel. Sur la voie de la durabilité, et compte tenu du potentiel des approches misant sur la mutualisation, il est cependant souhaitable que les expériences en la matière essaiment au-delà du milieu de l’habitat coopératif. Dans ce but, par exemple, les sociétés et gérances immobilières en mains publiques et parapubliques pourraient porter des projets pilotes et jouer un rôle de catalyseur.

Au-delà de l’immeuble, à l’échelle du quartier, la recherche de durabilité se complexifie. La juxtaposition de bâtiments aux performances certifiées ne suffit pas à faire un quartier exemplaire. Quant à la marge de manœuvre urbanistique, elle est toujours soumise aux limites qu’imposent les spécificités du contexte en question. Le concept d’écoquartier n’est pas à considérer comme un modèle réalisable à la lettre, mais comme un référentiel vers lequel tendre.

Caractéristiques d’un écoquartier

Le quartier durable n’est pas un îlot refermé sur lui-même. Il s’ouvre sur la ville, s’intègre au tissu urbain, est dense, mixte et favorise une mobilité durable et la réduction du trafic individuel motorisé. L’écoquartier permet de diminuer la consommation de ressources non renouvelables et vise une empreinte écologique minimale. Il répond à des exigences environnementales élevées. Ceci notamment en termes d’énergie, de matériaux, de gestion des eaux, de biodiversité et de prévention des îlots de chaleur.

C’est un quartier qui favorise la mixité intergénérationnelle et sociale. Ceci notamment au travers de conditions cadres permettant l’accessibilité au logement pour tous. Les espaces publics et espaces verts sont suffisants et de qualité. En tant que lieux de détente et de rencontre, ils contribuent au lien social et à la convivialité. La phase de développement du quartier fait l’objet d’un processus participatif. Les futurs habitants et usagers, et ceux des quartiers voisins, sont intégrés le plus en amont possible. Ainsi, leurs besoins sont pris en compte et ils fournissent leur expertise citoyenne.

L’implication des collectivités

Pour une collectivité, le développement d’un tel quartier est dépendant de son degré de maîtrise foncière dans le périmètre de réalisation. Lorsqu’elle est propriétaire du sol, la collectivité peut louer les terrains en droit de superficie. Cela signifie qu’elle octroiera aux investisseurs intéressés le droit de construire sur ces terrains et de détenir les bâtiments réalisés durant une période définie. Pour l’attribution des droits de superficie, la collectivité peut définir des critères et conditions. Ce qui constitue le moyen par lequel elle imposera les objectifs de durabilité qu’elle souhaite voir mis en œuvre.

Le recours au droit de superficie favorise ainsi de la diversité des bâtisseurs et la construction de logements d’utilité publique. Il permet également la prise en compte des enjeux environnementaux et énergétiques. Toutefois, si l’instrument est puissant, il n’est rien sans un patrimoine foncier qui s’étend suffisamment. Une politique foncière résolue reste donc essentielle comme préalable au développement de quartiers intégrant des objectifs de durabilité véritablement ambitieux.

Texte Comité de l’Association Écoquartier Lausanne

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