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«Notre système éducatif doit beaucoup au cadre politique»

07.03.2018
par Thomas Pfefferlé

Régulièrement classées parmi les 100 meilleures universités du monde, les institutions helvétiques donnent accès à un système éducatif d’une grande qualité. Yves Flückiger, Recteur de l’Université de Genève, détaille et analyse les atouts de la Suisse en matière de formation.

Les universités, Ecoles polytechniques fédérales et Hautes Ecoles Spécialisées de Suisse sont souvent classées parmi les meilleures au monde. Quel regard portez-vous sur ces résultats et qu’est-ce qui fait l’excellence de notre système éducatif?

L’excellence de notre système éducatif doit beaucoup au cadre politique qui le soutient. En Suisse, nous avons la chance de pouvoir compter sur un financement public important. Les autorités politiques ont clairement compris que notre prospérité économique et sociale repose en grande partie sur le capital humain. De plus, les classements de nos hautes écoles démontrent que les dépenses affectées au domaine de l’éducation le sont de manière efficiente puisque 2/3 des étudiants immatriculés en Suisse suivent un cursus dans une des 100 meilleures universités au monde.

La Suisse est également le pays de l’innovation. Quel rôle joue la formation dans ce cadre?

Il est intéressant de voir que la recherche fondamentale joue un rôle majeur dans l’innovation. Cela a été mis en exergue par un récent classement publié par la revue Nature. Il a été établi sur la base du nombre de brevets déposés à l’échelle mondiale qui reposent sur des recherches menées dans les différentes universités du globe. L’Université de Genève figure à la 21ème place de ce classement, en étant par ailleurs la troisième hors Etats-Unis. Une immense fierté qui s’ajoute au fait que 4 autres universités suisses font partie des 60 meilleures au monde.

Je crois sincèrement que l’écart, s’il existe, entre la formation et le marché de l’emploi ne cesse de se combler. Les universités se rapprochent toujours plus des milieux professionnels afin de comprendre les défis économiques auxquels ils sont confrontés. – Yves Flückiger

Les universités, EPF et HES suisses sont-elles assez proches des réalités économiques? Reste-t-il un fossé à combler entre milieu académique et professionnel?

Je crois sincèrement que l’écart, s’il existe, entre la formation et le marché de l’emploi ne cesse de se combler. Les universités se rapprochent toujours plus des milieux professionnels afin de comprendre les défis économiques auxquels ils sont confrontés. Et un des atouts du système éducatif suisse réside justement dans cette proximité. Ainsi, nous avons mis en place à l’Université de Genève un Master en développement durable avec l’Université de Tsinghua en Chine. Ceci, pour répondre, de manière interdisciplinaire aux défis des organisations internationales et favoriser, par des nouvelles formes d’enseignement, l’émergence d’innovations. D’autres cursus, dans le domaine biomédical, sont disponibles depuis la rentrée 2017. Un secteur concernant beaucoup d’entreprises de l’Arc lémanique et se trouvant à la frontière de la médecine, la biologie et la pharma.

Les entreprises sont aussi toujours plus nombreuses à pousser leurs employés à suivre des modules de formations continues. Si les acteurs privés se sont déjà spécialisés dans ce domaine, quelle est la stratégie des universités?

La formation continue constitue un pilier important dans notre activité. Aujourd’hui, en considérant la vitesse à laquelle les outils technologiques évoluent, il est essentiel d’accompagner les entreprises. Durant ces dernières années, nous avons d’ailleurs beaucoup développé notre offre en matière de formation continue et notamment tout récemment dans le domaine de l’industrie 4.0. Si le rôle des universités consiste notamment à proposer une expertise académique et scientifique à leurs étudiants, il doit aussi permettre d’apporter une expertise professionnelle aux entreprises. A l’avenir, notre volet dédié à la formation continue va encore se développer dans de larges proportions, et cela sur la scène internationale également.

Vous développez également un projet avec l’Université de Zurich. Parlez-nous de cette collaboration.

Cette alliance résulte en premier lieu d’une entente personnelle avec le Recteur de l’Université de Zurich, Michael Hengartner. L’idée principale de ce partenariat était de soutenir et valoriser la diversité linguistique et culturelle de la Suisse à travers un programme d’échanges entre nos deux universités parmi les meilleures du monde. Ce type de mobilité entre régions linguistiques permet à nos étudiants de mieux affronter le marché du travail. Car si les échanges européens, dans le cadre du programme Erasmus, offrent déjà aux étudiants des expériences internationales des plus enrichissantes, il manque en Suisse un cadre permettant de profiter de notre situation plurilingue et pluriculturelle. Cette alliance a par ailleurs pour objectif de mener des projets communs de recherche notamment dans le domaine du digital pour renforcer encore notre compétitivité dans les programmes européens mais aussi dans les programmes de recherche nationaux.

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