Vitesse, inattention, cohabitation : les défis de la prévention routière
Basée à Yverdon-les-Bains, Vesco Trafic Systèmes (VTS) intervient au quotidien dans la régulation du trafic, la signalisation temporaire et la sécurisation des chantiers. Son fondateur, Damien Vesco, veut mettre cette expérience de terrain au service d’un enjeu plus large : mieux sensibiliser les usagers aux risques liés à la vitesse, à l’inattention et au partage de la route.

Damien Vesco, quelle est aujourd’hui la mission de Vesco Trafic Systèmes ?
Notre métier consiste avant tout à protéger les usagers et les personnes qui travaillent sur la route. Nous intervenons dans la régulation du trafic, la signalisation temporaire, le contrôle du stationnement, mais aussi lors de manifestations, de chantiers ou de situations nécessitant une intervention. Nous pouvons également mettre en place un PC de commandement. J’ai créé VTS à Yverdon-les-Bains en 2025, après une première expérience dans la régulation à Neuchâtel. L’entreprise prépare par ailleurs une évolution de son logo et des uniformes de ses équipes, prévue pour la fin de l’année 2026. C’est un métier qui me passionne parce qu’il touche directement à la sécurité au quotidien. Nous sommes au contact des automobilistes, des ouvriers, des piétons et de tous ceux qui utilisent la route. Être sur le terrain permet aussi de voir très concrètement les comportements qui peuvent mettre quelqu’un en danger.
Vous souhaitez toutefois consacrer cet article avant tout à la prévention et à la sensibilisation. Pourquoi ce sujet vous tient-il autant à cœur ?
Parce que nous sommes confrontés chaque jour à des situations qui peuvent devenir dangereuses très rapidement. Sur un chantier, des personnes travaillent parfois à quelques mètres seulement de la circulation et ne sont pas toujours visibles immédiatement. Un ouvrier peut sortir de derrière une machine alors qu’un véhicule arrive. Les conducteurs ne réalisent pas forcément à quel point les équipes peuvent être exposées. Derrière les engins ou les panneaux, il y a des hommes et des femmes qui travaillent. C’est cette réalité que j’aimerais faire davantage connaître.
En 2025, l’Office fédéral des routes a recensé 214 morts et 3 935 blessés graves en Suisse. Au premier semestre 2025, les accidents mortels dont l’inattention ou la distraction était la cause principale présumée ont fait 15 morts, contre 7 un an plus tôt. Que constatez-vous de votre côté sur le terrain ?
L’inattention est l’un des problèmes que nous rencontrons régulièrement. Le téléphone en fait évidemment partie. Je vois encore beaucoup de personnes qui l’utilisent alors qu’elles conduisent. Il y a aussi la vitesse lorsqu’elle n’est pas adaptée à la situation et le non-respect de certaines indications. Sur un chantier, tout cela devient particulièrement dangereux, car l’environnement peut changer rapidement. Certains véhicules passent parfois à quelques centimètres de nos agents ou des ouvriers avec leur rétroviseur. Il suffit d’un faux pas au mauvais moment pour qu’un accident grave se produise.
Vous insistez beaucoup sur la vitesse. Quel message souhaitez-vous faire passer à l’approche d’un chantier ?
Il faut adapter sa vitesse aux circonstances. Sur un chantier, une machine peut masquer une personne, un agent peut demander de s’arrêter ou la circulation peut être modifiée. Le conducteur doit pouvoir réagir à ce qu’il découvre devant lui. Il faut donc ralentir suffisamment tôt. Les conséquences d’un accident ne s’arrêtent pas à la personne touchée : derrière une victime, il peut y avoir une famille, un conjoint, des enfants. C’est cette dimension humaine que je veux aussi rappeler lorsque je parle de prévention.
Vos agents travaillent eux-mêmes au contact direct de la circulation. À quels dangers sont-ils confrontés ?
Nous faisons partie des premières personnes que l’on peut voir en arrivant sur certains chantiers, avec nos vêtements de haute visibilité. Nous sommes directement à proximité des véhicules et des machines. Le risque peut venir d’une personne inattentive qui percute un engin très lourd ou ne voit pas suffisamment tôt quelqu’un qui se trouve sur la chaussée. C’est aussi pour cela que je parle beaucoup du comportement des usagers : lorsque vous travaillez à cet endroit toute la journée, vous voyez à quel point une erreur ou un manque d’attention peut avoir des conséquences importantes.
Quel rôle joue alors la signalisation temporaire ?
Elle sert à protéger les personnes et à guider les conducteurs. Nous utilisons notamment des balises qui indiquent la direction à suivre sur les chantiers. Il est essentiel qu’elles soient correctement positionnées et cohérentes du début à la fin de la zone. J’ai déjà vu des situations où certaines balises étaient tournées dans un autre sens que les précédentes. Pour un automobiliste, cela peut créer de la confusion et l’amener là où il ne devrait pas aller. Les agents de régulation sont aussi présents pour donner des indications et sécuriser le passage des véhicules. Lorsqu’un agent demande de ralentir ou de s’arrêter, il faut respecter cette consigne.
Les chantiers ne sont qu’une partie du sujet. Comment mieux faire cohabiter automobilistes, cyclistes, piétons, motards et nouvelles mobilités ?
Il faut d’abord que chacun comprenne qu’il partage l’espace avec les autres. Je pense notamment aux pistes cyclables et aux zones réservées aux piétons. À Genève, par exemple, on trouve encore des endroits où vélos, voitures et piétons se retrouvent très proches les uns des autres. Cela peut créer des situations dangereuses. Il faudrait davantage d’aménagements adaptés, mais cela ne veut pas dire qu’un type d’usager doit toujours passer avant les autres. Le plus important est d’apprendre à cohabiter, à anticiper le comportement de celui qui se trouve à côté de soi et à adapter sa manière de circuler.
Les nouvelles mobilités, notamment les trottinettes électriques, compliquent-elles encore cette cohabitation ?
Oui, parce qu’elles circulent parfois dans les mêmes espaces que les piétons ou les véhicules et peuvent atteindre des vitesses importantes. Lorsqu’une trottinette roule trop vite dans une zone fréquentée, une collision peut avoir de lourdes conséquences. Là encore, il faut ajuster son allure. Au milieu de piétons, on doit ralentir et faire attention à ceux qui nous entourent. Je pense également que ces nouvelles mobilités doivent être davantage encadrées, notamment sur les équipements, les endroits où elles peuvent circuler ou certaines pratiques comme le fait de monter à plusieurs sur une même trottinette. La mobilité évolue et il faut apprendre à mieux partager l’espace.
Comment sensibiliser sans tomber dans un discours culpabilisant ou moralisateur ?
Je crois beaucoup aux démonstrations. Il faut montrer concrètement aux gens ce que peut représenter un danger, plutôt que simplement leur dire de faire attention. On peut expliquer une distance de freinage, montrer comment une personne peut apparaître derrière une machine ou ce qui se passe lorsqu’un conducteur détourne son attention. Le but n’est pas de culpabiliser, mais de faire comprendre pourquoi on demande aux usagers de ralentir ou d’être vigilants. Quand on visualise une situation, le message devient beaucoup plus concret.
Vous aimeriez justement développer des actions de sensibilisation auprès du grand public. Quel serait votre projet ?
J’aimerais organiser des démonstrations et des expositions dans des lieux accessibles au public, par exemple dans des écoles ou des commerces. L’idée serait de montrer, à l’aide de vidéos ou de simulations, comment un accident peut se produire. On pourrait prendre une situation très concrète : un conducteur arrive sur un chantier, regarde son téléphone, ne voit pas immédiatement l’agent de régulation qui lui demande de s’arrêter et doit freiner au dernier moment. Montrer cette scène permettrait de faire comprendre le risque sans attendre qu’un véritable accident se produise. J’ai vu en France des simulations utilisées pour sensibiliser aux accidents dans les gares et j’aimerais reprendre ce principe pour les risques que nous rencontrons sur les chantiers. Je voudrais pouvoir intervenir gratuitement, notamment dans des écoles ou des lieux fréquentés, pour expliquer au public ce que nous voyons au quotidien. L’idéal serait que des établissements, des commerces ou d’autres acteurs nous ouvrent leurs portes pour organiser ce type d’actions, un peu comme cela peut déjà se faire avec la police. Les gens pourraient poser leurs questions, regarder des démonstrations et mieux comprendre pourquoi certaines règles ou certains dispositifs existent. Pour moi, la prévention doit aller à la rencontre des gens.
Votre dossier recense de nombreux facteurs susceptibles d’intervenir dans un accident : distraction, fatigue, alcool, problèmes de priorité, visibilité, état de la chaussée ou encore signalisation. Pourquoi est-il important de garder cette vision d’ensemble ?
Il ne faut pas regarder uniquement un risque. Dans mon métier, je parle beaucoup de vitesse et d’inattention parce que ce sont des sujets auxquels nous sommes directement confrontés, mais il peut aussi y avoir un problème de visibilité, de signalisation ou de comportement. L’important est d’identifier ce qui peut créer un danger et d’agir avant qu’un accident se produise. Sur un chantier en particulier, il faut tenir compte de ce qui se passe réellement sur place.
S’il ne fallait finalement faire évoluer qu’une seule habitude chez les usagers de la route, laquelle choisiriez-vous ?
L’attention. Le téléphone est un exemple très visible, mais le sujet est plus large : il faut regarder ce qui se passe autour de soi. Sur un chantier, quelques secondes de distraction peuvent suffire pour ne pas voir un agent ou un danger. Si chacun pouvait être plus attentif à son environnement et aux personnes qui l’entourent, ce serait déjà un grand pas pour la sécurité.
Plus d’informations sur vesco-traffic-systeme-vts.ch
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