« nous voulons avancer sans opposer l’héritage et l’innovation »
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« Nous voulons avancer sans opposer l’héritage et l’innovation »

01.10.2026
par Marc-Antoine Guet

Fondée à Lausanne en 1976, Protectas célèbre cette année ses 50 ans. Yves Berchten, Directeur général du groupe, revient sur les grandes étapes de son développement, l’évolution des attentes des clients, la transformation du marché suisse et les priorités qui doivent guider la prochaine phase de croissance.

Yves Berchten

Yves Berchten
Directeur général du groupe

Yves Berchten, dans quel contexte Protectas est-elle née il y a 50 ans et quelles ont été les grandes étapes de son développement ?
Tout a commencé le 24 juin 1976, lorsque Pierre Rochat a fondé Protectas à Lausanne. L’entreprise s’est ensuite développée avec l’ouverture de directions régionales à Genève, Zurich, puis Berne et Bâle, ainsi que de nombreuses implantations opérationnelles permettant d’assurer nos services dans toute la Suisse. Une autre étape majeure est intervenue en 1992, lorsque Protectas a rejoint le groupe suédois Securitas AB. Cette intégration nous a permis d’associer notre ancrage suisse à l’expertise et aux capacités d’investissement d’un groupe international. Aujourd’hui, Protectas Groupe réunit quatre entités juridiques : Protectas SA, Protectas Technologie SA, Protectas Aviation Security SA et Orqual SA. La petite PME lausannoise a beaucoup grandi. Elle comptait 1 250 collaboratrices et collaborateurs en 2000, contre 4 500 à la fin de l’année 2025. Cette croissance s’est accompagnée d’une présence nationale renforcée et de nouvelles expertises.

Quels ont été les principaux tournants qui ont permis à l’entreprise de devenir ce qu’elle est aujourd’hui ?
La professionnalisation des métiers et de la formation a joué un rôle déterminant, tout comme l’extension de notre couverture nationale et le développement d’expertises spécialisées. Au fil du temps, nous avons renforcé nos compétences dans la technologie, l’évaluation des risques, la sécurité incendie ou encore la sûreté et la sécurité aéroportuaires. Le développement de la sécurité électronique a constitué un autre tournant. Dès 2014, nous avons lancé des services de Remote Video Surveillance au sein de notre organisation Solutions, avant d’élargir notre offre au contrôle d’accès et aux systèmes anti-intrusion. Ces activités sont aujourd’hui développées au sein de Protectas Technologie. Notre histoire s’est aussi construite sur le terrain. Nous accompagnons par exemple la Street Parade à Zurich depuis des décennies, avec plus de 250 collaborateurs mobilisés chaque année. Protectas a également participé à la sécurité de rendez-vous comme l’Exposition nationale suisse de 2002, le G8 en 2003, l’Euro 2008 ou le Sommet mondial de la Francophonie à Montreux en 2010. Depuis 2025, nous assurons aussi le mandat de sécurité d’un événement lié à l’économie mondiale à Davos. Ces expériences ont structuré nos savoir-faire et renforcé notre collaboration avec les autorités et les forces de police.

Comment les métiers et les besoins des clients ont-ils évolué au cours de ces 50 dernières années ?
Autrefois, un client demandait avant tout une présence, des rondes ou un contrôle d’accès. Aujourd’hui, il attend beaucoup plus. Il veut que son prestataire comprenne son activité, identifie ses vulnérabilités et l’aide à limiter les conséquences qu’un incident pourrait avoir sur son fonctionnement. Une entreprise ne cherche plus seulement à éviter un vol. Elle veut aussi prévenir une fermeture de site, une interruption de production, une agression, un incendie ou une atteinte à son image et à sa réputation. Notre métier a donc largement dépassé le stade de « surveiller la porte ». Cette évolution transforme aussi la relation commerciale. Le marché passe progressivement d’un client qui achète des heures de sécurité à un client qui attend un niveau de protection mesurable. Cela nous oblige à construire des prestations réellement intégrées à son activité. Un élément, lui, n’a pas changé : la place accordée au client. Notre développement s’est construit sur la satisfaction et un taux de rétention élevé.

Une entreprise ne cherche plus seulement à éviter un vol. Elle veut aussi prévenir une fermeture de site, une interruption de production, une agression, un incendie ou une atteinte à son image et à sa réputation.

Protectas souhaite mettre en avant ses technologies et outils en matière de prévention et d’anticipation. De quelles solutions parle-t-on concrètement ?
Nous avons progressivement constitué un ensemble de compétences et de solutions couvrant l’évaluation des risques, le contrôle d’accès, la détection d’intrusion, la vidéosurveillance, la surveillance à distance, les systèmes électroniques ou encore les outils d’aide à l’analyse. Nos deux centrales d’alarme de Genève et Zurich sont une composante importante de cette organisation. Elles illustrent le développement de nos capacités de surveillance à distance et l’intégration croissante des outils numériques dans notre offre. Nos outils internes ont aussi beaucoup évolué. Nous sommes passés du papier, du crayon et d’Excel à des solutions digitalisées, tandis que les contrôles de rondes et les mains courantes sont devenus électroniques. Cette hyperdigitalisation permet de mieux documenter nos prestations et d’exploiter les informations du terrain. D’autres outils continueront à enrichir nos services. Les bodycams devraient vraisemblablement devenir un standard dans certaines missions, tandis que des écrans embarqués dans les véhicules d’intervention pourront faciliter la transmission d’images en temps réel aux collaborateurs engagés sur le terrain. L’enjeu n’est pas de multiplier les technologies pour elles-mêmes, mais de choisir et de combiner les bons outils en fonction de chaque environnement.

Protectas indique disposer de certaines technologies ou outils spécifiques. Sur quoi repose réellement cette différenciation ?
Notre différenciation ne repose pas nécessairement sur l’exclusivité d’un composant technique. Si une exclusivité précise devait être citée, elle devrait d’abord être documentée et validée. Notre force réside davantage dans notre capacité à réunir connaissance du terrain, compétences spécialisées, solutions technologiques, supervision et intervention, puis à adapter cet ensemble au contexte suisse et aux besoins du client. C’est aussi l’intérêt de notre expérience : les contraintes d’une manufacture horlogère, d’un aéroport, d’un data center, d’un siège de multinationale ou d’un grand événement ne sont pas les mêmes. Notre ambition est de mieux utiliser les informations disponibles pour affiner les profils de risques et devenir toujours davantage un véritable Trusted Advisor pour nos clients.

Quel est aujourd’hui votre rôle à la tête de Protectas et quelles priorités vous êtes-vous fixées ?
Mon rôle est de donner une direction claire, de créer les conditions permettant aux équipes de réussir et de maintenir la confiance de nos clients, de nos partenaires et des autorités. Avec plus de 4 300 collaboratrices et collaborateurs, il faut aussi préserver la cohérence entre développement et qualité de service. Mes priorités portent sur le développement des compétences, l’innovation utile, l’excellence opérationnelle et une croissance durable. La formation restera un pilier fondamental. Notre Académie doit continuer à développer de nouveaux modules de formation pour accompagner l’évolution des missions et garantir le niveau de qualité attendu par nos clients. Nous devons également conserver ce qui constitue notre ADN. Nos valeurs (intégrité, vigilance et serviabilité) doivent continuer à guider nos décisions, comme la proximité avec le client, la connaissance du terrain et l’engagement de nos équipes.

Comment le marché suisse de la sécurité évolue-t-il actuellement ?
Le besoin de protection reste important, mais la nature de la demande évolue. Les entreprises attendent de plus en plus de leur prestataire qu’il comprenne leur activité, contribue à sa continuité et soit capable de répondre à des environnements très spécifiques. Le marché ne repose donc plus uniquement sur la mise à disposition d’agents. La Suisse reste par ailleurs particulièrement exigeante en matière de qualité, de confiance, de protection des données et de respect des règles. Les difficultés de recrutement constituent également un enjeu. Les acteurs du secteur doivent donc investir et faire évoluer les compétences. Toutes les sociétés de sécurité ne disposeront pas nécessairement des mêmes moyens pour le faire. Protectas intervient aujourd’hui dans de nombreux domaines : grands événements, organisations internationales, industrie du luxe, sûreté et sécurité aéroportuaires, manufactures horlogères, data centers, sièges de multinationales, infrastructures sensibles ou encore centres de requérants d’asile. Cette diversité nous donne une lecture très large du marché suisse.

Après 50 ans d’existence, quelles sont désormais les ambitions et les prochaines grandes étapes de développement de Protectas ?
Nous voulons poursuivre notre croissance et faire évoluer Protectas vers un rôle toujours plus large auprès de ses clients. Notre métier reste de protéger les personnes et les biens, mais il consiste aussi de plus en plus à réduire les risques et à fournir des indicateurs et des éléments utiles à la décision. C’est notamment le sens de notre stratégie InSight 2030 : maintenir une qualité de service supérieure, utiliser davantage les données et l’intelligence artificielle pour guider les décisions et continuer à innover. Notre ambition est de renforcer notre rôle de partenaire de confiance, au plus près des réalités de nos clients. Pour cela, nous devons continuer à investir, à développer nos compétences et à faire progresser nos organisations. Nous voulons avancer sans opposer l’héritage et l’innovation : les 50 années qui viennent de s’écouler constituent le socle sur lequel nous pouvons construire la suite. Notre croissance n’est pas le fruit du hasard. Elle repose sur le travail des équipes opérationnelles et administratives, sur la confiance de nos clients et sur des plans de développement suivis avec rigueur. Nous voulons conserver ce même niveau d’exigence pour que les prochaines années soient aussi solides que les 50 premières.

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