Fondée en 2014 par Catherine et Mourade Djaouti, tous deux infirmiers, AMAD Homecare est née d’une rencontre qui a changé leur parcours. Depuis, le couple accompagne les personnes fragilisées à domicile avec une priorité : préserver leur autonomie et leur qualité de vie. Aujourd’hui, le rapprochement avec le groupe français Oui Care, leader des services à la personne, ouvre de nouvelles perspectives de développement en Suisse romande, sans perdre de vue l’essentiel : la proximité, la continuité des soins et une approche profondément humaine.

Catherine & Mourad Djaouti
Catherine et Mourade Djaouti, comment est née AMAD Homecare ?
Catherine : En 2014, notre ancienne voisine cherchait une structure capable de prendre en charge son mari, qui avait besoin de soins complexes jour et nuit. Ne trouvant pas de solution adaptée, elle nous a engagés. Avec notre réseau d’infirmiers, nous l’avons accompagné jusqu’à la fin de sa vie. Elle nous a ensuite encouragés à créer une structure et nous a aidés à financer les autorisations nécessaires. Le bouche-à-oreille a fait le reste.
Mourade : Nous voulions préserver la proximité des soins indépendants, cette dimension humaine et ce petit cocon qui permettent au patient de se sentir chez lui, même lorsqu’il a besoin d’aide.
Comment garder cette proximité en grandissant ?
Mourade : AMAD compte aujourd’hui entre 60 et 70 collaborateurs. Nous avons organisé nos équipes par secteurs dans le canton de Vaud. Pour une personne qui reçoit plusieurs visites par jour, nous limitons autant que possible le nombre d’intervenants : idéalement, elle retrouve les mêmes cinq professionnels. Cette continuité favorise la confiance.
Catherine : Elle repose aussi sur les transmissions entre collègues, l’anticipation et la stabilité des équipes. Nous sommes attentifs au bien-être de nos collaborateurs : pour qu’ils prennent soin des patients, il faut aussi prendre soin d’eux.
Qu’est-ce qui rend les soins véritablement humains ?
Catherine : Le respect des habitudes, des choix et de l’intimité de chacun. Dans la mesure du possible, nous adaptons les horaires aux souhaits des patients. Notre rôle n’est pas de tout faire à leur place, mais de préserver leur autonomie.
Mourade : La compétence technique est indispensable, mais la manière d’écouter, de parler et d’entrer dans une maison compte tout autant. Nous sensibilisons nos équipes à la communication et à la bienveillance pour que chaque personne se sente considérée, et non simplement prise en charge.
Les besoins à domicile deviennent-ils plus complexes ?
Mourade : Oui, avec le vieillissement de la population et les possibilités croissantes de traiter à domicile des situations autrefois prises en charge à l’hôpital. Nous avons développé des compétences en santé mentale, nutrition clinique, soins palliatifs et traitement des plaies complexes. Nous accompagnons aussi des personnes atteintes de maladies comme Alzheimer ou Parkinson, ou confrontées à des difficultés psychiques. Cela exige des formations et une collaboration avec les spécialistes.
Comment préparez-vous un retour à domicile après une hospitalisation ?
Catherine : La préparation peut commencer à l’hôpital. Nous anticipons les besoins en matériel et en médicaments et coordonnons les adaptations nécessaires, par exemple avec un ergothérapeute. Le but est que le domicile soit prêt avant le retour.
Mourade : Les premiers jours sont essentiels. Nous essayons de faire intervenir une infirmière qui connaît déjà le patient. Les visites peuvent être rapprochées au départ, puis adaptées à l’évolution de son état. Une bonne coordination permet parfois de poursuivre chez soi des prises en charge complexes, notamment en oncologie ou en nutrition parentérale.
Quelle place accordez-vous aux proches aidants ?
Catherine : Certains sont épuisés et perdus face aux démarches, tout en travaillant ou en s’occupant de leur famille. Nous les écoutons et proposons un soutien progressif : une présence hebdomadaire peut constituer un premier pas, avant d’adapter l’aide aux besoins.
Mourade : Il faut reconnaître ce qu’ils accomplissent déjà. Nous pouvons leur montrer des gestes pour faciliter les transferts ou prévenir les douleurs, sans leur donner le sentiment qu’ils s’y prennent mal. Notre rôle est de les soutenir et de leur permettre de souffler, sans les déposséder de leur place.
Peut-on aussi être accompagné chez soi en fin de vie ?
Catherine : Oui, lorsque c’est le souhait de la personne et que sa situation le permet. Nous collaborons avec les médecins et les organisations spécialisées en soins palliatifs pour coordonner les interventions et renforcer les compétences de nos équipes. Rester dans un environnement familier, entouré de ses proches, peut être précieux lorsque cela correspond aux souhaits du patient.
Que change le rapprochement avec Oui Care ?
Mourade : Il nous apporte des ressources et de l’expérience pour poursuivre notre développement. Nous voulons saisir ces possibilités tout en préservant le savoir-faire local et la qualité de l’accompagnement.
Catherine : Nous souhaitons grandir sans perdre notre identité : la proximité, l’écoute et la relation humaine. Malgré nos responsabilités de gestion, nous tenons à garder un lien avec le terrain. C’est là que notre engagement prend tout son sens : permettre aux personnes de vivre chez elles, avec des soins de qualité et dans le respect de leur histoire et de leurs choix.


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