À l’heure où les ressources se raréfient, le recyclage s’impose comme un pilier de la ville de demain. À Genève, le groupe Thommen transforme les déchets en matières premières et accompagne la transition vers une économie plus durable. Entretien avec Sonia Dias, directrice du site genevois.

Sonia Dias
Directrice du site genevois, groupe Thommen
Selon vous, quel rôle joue le recyclage dans la construction de la ville de demain ?
Le recyclage n’est plus un processus en aval, il doit être pris en compte dès le début. Lorsque nous planifions et construisons des villes aujourd’hui, nous décidons en même temps si les matériaux pourront être réutilisés plus tard ou s’ils seront perdus. La ville de demain ne peut fonctionner que si les matériaux sont envisagés dans une optique de recyclage. C’est précisément dans ce domaine que nous apportons notre soutien en tant que partenaires des entreprises de construction et industrielles. Nous contribuons à ce que les matériaux ne soient pas mis au rebut, mais conservés dans le système.
Pourquoi les déchets doivent-ils aujourd’hui être considérés comme de véritables matières premières ?
Nous ne parlons plus aujourd’hui de déchets, mais de matières premières. Les métaux et autres matériaux, une fois produits, restent disponibles si nous les récupérons. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement sont incertaines, ces matériaux revêtent une importance stratégique. Ils sont disponibles localement, efficaces sur le plan énergétique et constituent un élément central d’un approvisionnement industriel stable.
Pensez-vous que les citoyens sont suffisamment conscients de la valeur de leurs déchets ?
La prise de conscience s’accroît, mais elle n’est pas encore aussi forte partout. Beaucoup de gens reconnaissent la valeur des métaux, mais cela est moins évident pour d’autres matériaux. Parallèlement, la dangerosité de certains déchets est souvent sous-estimée. Les batteries au lithium en sont un exemple. Elles représentent un risque considérable si elles sont éliminées de manière inappropriée. Il faut continuer à sensibiliser le grand public à ce sujet. Le recyclage ne fonctionne que si tout le monde participe. Chaque contribution individuelle compte.
Quelle est aujourd’hui la mission principale du groupe Thommen en Suisse ?
Notre mission consiste à maintenir les matériaux dans le cycle et à fournir à l’industrie des matières premières secondaires de manière fiable. Nous nous considérons comme des partenaires de nos clients. Nous les aidons à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement, à réduire leurs émissions de CO2 et à respecter les exigences réglementaires. Ainsi, avec nos trois marques Thommen, Metallum et Immark, nous contribuons directement à une économie à la fois plus respectueuse du climat et compétitive.
En quoi votre approche du recyclage se distingue-t-elle de celle des autres acteurs du secteur ?
Notre force réside dans la combinaison de notre infrastructure, de notre connaissance du marché, de notre proximité avec les clients et, surtout, de nos capacités de traitement technologique et d’innovation. Nous ne pensons pas en termes de sites individuels, mais en termes de flux de matières. Cela nous permet d’accompagner les projets de manière globale, de la collecte au traitement, jusqu’au retour vers l’industrie. Cette intégration nous permet de répondre de manière fiable aux exigences, même complexes, de nos clients.
Pouvez-vous nous expliquer concrètement comment vous transformez les déchets en matières premières secondaires ?
Le recyclage est un processus industriel. Prenons l’exemple des câbles électriques : nous réceptionnons le matériau, le traitons en plusieurs étapes et en récupérons du cuivre de haute pureté, qui est réutilisé directement dans l’industrie. Le principe est similaire pour de nombreux autres matériaux. L’objectif est toujours le même : transformer les matériaux usagés en matières premières de haute qualité pouvant être réutilisées.

Quelles activités ou projets spécifiques développez-vous à Genève ?
À Genève, nous travaillons en étroite collaboration avec l’industrie locale et le secteur de la construction. Nous aidons les entreprises à valoriser efficacement leurs matériaux tout en atteignant leurs objectifs environnementaux. Nous jouons un rôle particulièrement important dans les projets de construction et de démolition. Nous veillons à ce que les matériaux restent dans le cycle et soient revalorisés. Nous contribuons ainsi directement à l’économie régionale et à la préservation des ressources.
Comment collaborez-vous avec les entreprises, les communes ou les particuliers de la région ?
Nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités, les entreprises et les organisations sectorielles. L’objectif est de créer des solutions qui répondent aux exigences réglementaires tout en étant efficaces dans la pratique. Avec nos clients, nous développons des approches concrètes pour boucler les cycles des matériaux et réduire les émissions de CO2. Le recyclage est toujours une tâche collective. Le système ne fonctionne que grâce à la collaboration de toutes les parties prenantes.
Avez-vous un exemple concret des effets positifs du recyclage à Genève ?
L’impact est visible pour chaque matériau qui reste dans le cycle. L’aluminium en est un très bon exemple : il peut être recyclé pratiquement à l’infini sans perdre en qualité. Parallèlement, le recyclage nécessite nettement moins d’énergie que la production primaire. Cela signifie moins de CO2 tout en conservant la même qualité de matériau. C’est précisément là que réside toute la valeur ajoutée de l’économie circulaire.
Quels sont les principaux matériaux que vous recyclez aujourd’hui ?
Nous nous concentrons sur les métaux. Cela inclut les métaux ferreux et non ferreux tels que l’acier, le cuivre, l’aluminium ou le laiton. Ces matériaux sont essentiels pour l’industrie et se prêtent particulièrement bien au recyclage. Au cours des dernières années, nous sommes toutefois devenus un partenaire global pour nos clients. Il n’y a pratiquement aucun matériau que nous ne recyclions pas.
Certains déchets surprennent souvent le grand public : lesquels peuvent réellement être recyclés ?
Une grande partie des matériaux peut aujourd’hui être recyclée. Les défis concernent surtout les matériaux complexes ou mélangés, comme certains plastiques. Imaginez un instant quels matériaux sont intégrés dans votre brosse à dents électrique ou votre téléphone portable. Cependant, de nouvelles technologies apparaissent sans cesse, ce qui augmente encore le potentiel des possibles. L’évolution va clairement dans le sens d’une meilleure recyclabilité générale.
Y a-t-il des matériaux dont le potentiel de recyclage est encore sous-estimé ?
Les métaux sont déjà très bien recyclés. Il existe encore un potentiel important pour les plastiques et les combinaisons de matériaux complexes. Il s’agit moins ici d’un manque de volonté que de systèmes et de technologies qui doivent être perfectionnés. Les prochaines avancées viendront principalement de l’innovation et d’une meilleure conception des systèmes.
Quelle mesure simple chaque citoyen pourrait-il prendre pour améliorer le recyclage au quotidien ?
La contribution la plus importante est le tri correct des déchets. La gestion des batteries au lithium est également particulièrement importante. Celles-ci ne doivent en aucun cas finir dans les déchets ordinaires, car elles représentent un risque considérable pour la sécurité. Grâce à des choix simples au quotidien, chacun peut apporter une contribution concrète.
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