la finance durable en suisse : de l’engagement à l’impact dans le monde réel
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Finance

La finance durable en Suisse : de l’engagement à l’impact dans le monde réel

17.03.2026
par SMA

Vous pensez que le « backlash ESG » a mis fin à la finance durable en Suisse ? Détrompez-vous : les asset managers suisses sont loin de se retirer de la finance durable. Bien au contraire, ils la font progresser. Aurélia Fäh et Guillaume Toffel, qui font partie de l’Asset Management Association Switzerland, nous détaillent cette tendance en pleine évolution.

Contrairement à certaines opinions, la finance durable n’est pas morte. En Suisse, elle est là pour durer. La durabilité est devenue une composante structurelle des processus d’investissement, des attentes des investisseurs et de la réflexion réglementaire. Plutôt que d’en remettre en question la pertinence, le secteur se concentre désormais sur la prochaine étape : traduire la finance durable en un impact mesurable dans l’économie réelle, tout en continuant à générer des rendements compétitifs.

Cette approche pragmatique reflète l’écosystème financier suisse. Comme l’association l’a récemment souligné dans un document de position, la Suisse a développé ces dernières années un modèle crédible et pérenne fondé sur une autorégulation basée sur des principes, une collaboration étroite entre l’industrie et les autorités, ainsi qu’une forte culture de responsabilité fiduciaire.

Le modèle suisse : la conviction plutôt que la conformité

Le recours à des standards portés par l’industrie plutôt qu’à une réglementation prescriptive constitue la pierre angulaire de l’approche suisse.

L’association a ainsi introduit une autorégulation contraignante couvrant environ CHF 1400 milliards d’actifs, soit plus de la moitié des actifs gérés en Suisse, avec des définitions claires et des exigences de transparence robustes pour prévenir l’écoblanchiment. En 2025, le dispositif a été renforcé : seules les approches best-in-class, de stewardship, thématiques, d’impact ou alignées sur le climat peuvent être qualifiées de durables, tandis que les exclusions ou la simple intégration ESG ne suffisent plus, et le respect des règles doit désormais être audité.

Ce modèle démontre qu’il est possible d’assurer la protection des investisseurs et l’intégrité du marché sans complexité excessive, tout en offrant la flexibilité nécessaire à l’innovation. Au-delà de l’autorégulation, l’association a également contribué au développement de la finance durable par l’élaboration du Swiss Stewardship Code et une coopération étroite avec le régulateur et les autorités publiques.

De l’intégration ESG à l’impact

Le défi au cœur de la prochaine décennie n’est plus de savoir si la durabilité doit être prise en compte dans les décisions d’investissement, mais comment le capital peut soutenir le plus efficacement possible la transition vers une économie bas carbone et plus résiliente. Selon des estimations internationales, le déficit de financement annuel pour atteindre les objectifs climatiques et de développement durable s’élève à environ USD 4000 milliards. Les budgets publics sont à eux seuls insuffisants pour combler cet écart. Le capital privé, mobilisé par les gestionnaires et les propriétaires d’actifs, sera donc déterminant.

Pour créer un impact réel, les investisseurs doivent agir à plusieurs niveaux tout au long de la chaîne de valeur.

L’actionnariat actif, ou stewardship, incluant un dialogue structuré avec les entreprises et l’exercice systématique des droits de vote, constitue l’un des outils les plus puissants pour influencer le comportement des entreprises. L’engagement peut contribuer à améliorer la gouvernance, les stratégies climatiques et la transformation des modèles d’affaires, tout en soutenant la création de valeur à long terme. Le Swiss Stewardship Code fournit un cadre commun pour renforcer cette approche.

Un autre levier consiste à développer les stratégies thématiques et d’impact, qui orientent les investissements vers des secteurs tels que les énergies renouvelables, la gestion de l’eau, l’économie circulaire ou les infrastructures durables. Ces stratégies combinent performance financière et résultats environnementaux ou sociaux intentionnels.

Un troisième potentiel important réside dans l’expansion des investissements sur les marchés privés. Orienter les capitaux vers des domaines tels que les infrastructures, le private equity ou la dette privée est particulièrement essentiel pour financer la transition de l’économie réelle. Réduire les barrières d’accès et élargir la participation à différents groupes d’investisseurs, y compris les investisseurs privés, peut considérablement accroître les flux de capitaux vers des projets durables.

La finance durable en Suisse entre dans une nouvelle phase : celle de l’impact mesurable dans l’économie réelle.

Un quatrième domaine concerne la finance mixte (blended finance). La structuration et la combinaison de capitaux publics, philanthropiques et privés offrent un potentiel considérable, en particulier dans les marchés émergents où les besoins de financement sont les plus importants. Toutefois, les structures actuelles restent trop petites et trop complexes pour atteindre une échelle significative. Les gouvernements et les institutions de développement peuvent jouer un rôle clé en proposant des garanties, des capitaux concessionnels et des mécanismes de partage des risques rendant ces investissements plus attractifs pour les investisseurs institutionnels.

Enfin, il est nécessaire de renforcer les mandats des propriétaires d’actifs tels que les caisses de pension, les assureurs ou les fondations. Les asset owners déterminent en effet, en dernier ressort, l’allocation du capital. Des mandats clairs, des horizons d’investissement à long terme et des investissements ancrés dans des stratégies de transition ou d’impact sont essentiels pour permettre aux gestionnaires d’actifs de développer des solutions innovantes.

Mobiliser les capitaux pour la transformation

À l’avenir, il faut renforcer le rôle de la Suisse comme pôle de finance durable autour de trois priorités.

La première consiste à accélérer la finance de transition et d’impact, en collaborant avec ses membres pour développer des stratégies orientant les capitaux vers des entreprises, des secteurs et des régions engagés dans des transformations crédibles.

La deuxième vise à renforcer la collaboration au sein de l’écosystème. La finance durable nécessite une action coordonnée entre gestionnaires d’actifs, asset owners, régulateurs et décideurs politiques. S’engager auprès des investisseurs institutionnels pour catalyser les flux de capitaux et encourager la suppression d’obstacles structurels, notamment fiscaux, qui freinent l’essor des investissements durables est primordial.

La troisième priorité est le maintien d’un cadre stable et compétitif. Un environnement réglementaire prévisible et fondé sur des principes est essentiel pour attirer capitaux et talents. L’AMAS plaide ainsi pour une réglementation proportionnée, compatible à l’international, ainsi que pour des incitations ciblées, notamment dans la finance mixte et les véhicules d’investissement.

Une opportunité stratégique pour la Suisse

La Suisse dispose d’atouts majeurs : stabilité, expertise financière et coopération public-privé, pour rester à l’avant-garde de la finance durable. En conciliant objectifs environnementaux, discipline fiduciaire et performance, la place financière peut démontrer que durabilité et rendement se renforcent mutuellement.

La dynamique est lancée : la finance durable en Suisse entre dans une nouvelle phase. Avec un engagement continu de l’industrie, des autorités et des investisseurs, le pays peut s’imposer comme un centre mondial majeur de gestion d’actifs durables et contribuer de manière décisive à la transition économique.

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