l’ingénierie au féminin : le défi de la mixité
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L’ingénierie au féminin : le défi de la mixité

14.01.2026
par SMA

Arrivée à Genève mineure et sans papiers, Sylvie Villa a gravi tous les échelons de l’ingénierie et de l’enseignement pour devenir une figure emblématique des métiers techniques. Depuis plus de 20 ans, elle œuvre pour encourager et soutenir les femmes dans ce monde encore largement masculin. Rencontre avec cette femme au parcours hors du commun.

Sylvie VillaFondatrice

Sylvie Villa
Fondatrice

Sylvie Villa a toujours mêlé rigueur scientifique et engagement humain. Ingénieure et physicienne diplômée de l’EPFL, elle a fait partie de la première volée de diplômé-e-s en micro‑électronique de l’école d’ingénieurs du soir de Lausanne et était la première jeune fille en formation d’électronicienne à l’École Technique et des Métiers de Genève (aujourd’hui Centre de Formation Professionnelle Technique), formant ensuite des générations d’ingénieur-e-s et promouvant l’intégration des femmes dans les métiers techniques via LYVA.

Parallèlement, elle cofonde, avec l’ingénieur Mark Miehlbradt, Wire Art, un atelier où elle détourne des machines industrielles pour créer des œuvres en fils d’or pur au service de marques horlogères de prestige et pour leur propre collection Jurasaï. Cette démarche illustre parfaitement sa vision : allier technique, créativité, et innovation, tout en donnant l’exemple pour inspirer les femmes à oser entreprendre et s’engager dans ces secteurs.

Sylvie Villa, vous êtes à la tête de LYVA, votre initiative pour encourager les femmes dans les métiers techniques et scientifiques. Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous a poussée à lancer ce projet ?

Très jeune, j’ai été confrontée aux récits de jeunes femmes blessées par leurs premières expériences professionnelles. Ces témoignages m’ont sensibilisée à l’importance de l’autonomie, de l’estime de soi et de la confiance chez les femmes. Avec LYVA (elle y va), je voulais créer un environnement concret et durable pour aider les femmes à s’affirmer, à développer leurs compétences et à oser occuper les postes à responsabilité dans des domaines où elles sont encore sous-représentées.

Quelle différence de comportements observez-vous généralement chez les hommes et les femmes dans le monde professionnel ?

Dans les mécanismes relationnels, les hommes ont assez souvent une approche de domination et de pouvoir, alors que les femmes visent davantage à assurer le bien-être collectif et la durabilité. Il faut comprendre ces dynamiques pour améliorer la collaboration et sortir d’une différence hiérarchique entre les sexes.

Quels sont les défis spécifiques que vous observez pour les femmes dans les métiers techniques ?

J’aurais tellement voulu faire évoluer la situation et j’ai parfois le sentiment qu’après 25 ans, peu de choses se sont réellement améliorées.

Beaucoup de femmes ont encore le réflexe d’endosser des comportements masculins, considérés comme « adéquats ». Les autres souffrent d’être moins prises au sérieux, moins promues, moins rémunérées.

Du côté des hommes, ils sont persuadés de ne pas freiner les femmes mais de ne pas en trouver qui ont les « bonnes compétences ». Forcément si ces compétences c’est être un homme !

C’est un biais culturel profondément enraciné, et la prise de conscience est lente. L’effort doit être mixte et générationnel.

La liberté, l’autonomie et la mixité sont des leviers essentiels pour construire un futur équilibré et durable.

Que proposez-vous pour faire évoluer les mentalités ?

L’action concrète est essentielle. Je permets à des jeunes filles de 12–15 ans de rencontrer des femmes qui font carrière dans la tech pour leur montrer que c’est possible, qu’on peut évoluer dans ces univers, y trouver sa place. Mais pourquoi les y encourager si c’est pour ensuite constater que la majorité d’entre elles quittent leur carrière, en particulier avec l’arrivée des maternités ? Heureusement d’autres pays sont largement en avance et inspirants. Alors je propose des voyages à l’étranger pour rencontrer des entreprises et des leaders féminines qui ont un effet stimulant : après ces expériences, les participantes reviennent motivées pour changer les pratiques dans leur environnement.

Quelles initiatives fonctionnent particulièrement bien ?

Les programmes de mentorat interne sont très efficaces. Une femme coachée par une personne plus expérimentée gagne en confiance et ose prendre la parole sur les difficultés rencontrées. Il est important de construire des relations de soutien mutuel, parmi les femmes et les hommes, en écoutant les perspectives différentes et en dialoguant avec courage, empathie et humilité.

Et pour les jeunes femmes qui hésitent encore à se lancer dans ces métiers ?

Je veux les encourager à croire en elles et à oser prendre des risques. Il ne s’agit pas seulement de renforcer leurs compétences, mais aussi leur autonomie et leur liberté. Nous sommes dans une société technologique. Je souhaite de tout cœur que suffisamment de femmes deviennent des expertes techniques et scientifiques légitimes pour contribuer aux réflexions et orientations à prendre. Chaque jeune fille doit pouvoir se projeter dans des métiers où elle est aujourd’hui sous-représentée. Rencontrer des modèles inspirants à tous les niveaux de responsabilité est fondamental.

Quel message souhaitez-vous transmettre à la Suisse et à ses entreprises ?

Je souhaite que notre pays conserve sa force intérieure malgré les difficultés actuelles. Il est crucial que davantage de femmes s’engagent dans les métiers techniques et scientifiques. Ce n’est pas seulement un enjeu d’égalité : il s’agit de renforcer la capacité de la Suisse à anticiper et à gérer les risques de dépendance et de domination, à long terme.

Un dernier mot ?

Laissez-moi emmener une équipe mixte de votre entreprise dans un contexte culturel différent, elle reviendra forte de propositions constructives. Ensemble, femmes et hommes, nous pouvons transformer notre environnement professionnel. Les efforts sont collectifs et progressifs, mais chaque action, chaque rencontre, chaque mentorat a un impact durable. La liberté, l’autonomie et la mixité sont des leviers essentiels pour construire un futur équilibré et durable.

Interview Océane Kasonia

Plus d’informations sur :
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