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Une solidarité avec le Sud plus nécessaire que jamais

11.04.2020
par SMA

Une planète bouleversée. Un quotidien chamboulé. Et des questions en cascade. En quelques semaines, le Covid-19 a radicalement changé nos modes de vie et nos préoccupations. En Suisse, l’inquiétude pour notre santé et celle de nos proches nous a progressivement gagné. Tout comme les interrogations liées à l’emploi, l’économie, l’isolement social, la scolarité de nos enfants ou la violence domestique. Un sentiment d’incertitude mêlé également à la difficulté d’envisager la reprise d’une vie «normale», l’après Covid-19

En cette période troublée, la population suisse montre sa solidarité. Chaque soir, des milliers de personnes applaudissent le personnel soignant depuis leur balcon. Les initiatives citoyennes pour aider les plus âgés, les malades, ceux qui ont perdu leur travail se multiplient. Vous êtes aussi nombreux à verser de l’argent aux œuvres d’entraide qui soutiennent ces personnes vulnérables.

Néanmoins, dans d’autres régions de la planète, notamment dans les pays du Sud, le Coronavirus gagne du terrain laissant planer le risque d’une véritable catastrophe sanitaire, sociale et économique. Pour le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, le monde vit sa pire crise depuis la Deuxième Guerre mondiale. Matériel médical limité, contextes sociaux tendus, pauvreté, conflits: le continent africain l’inquiète particulièrement et il y redoute «le pire».

Ne laissons pas les plus vulnérables sur le bord du chemin. – Markus Allemann, directeur de SWISSAID

Depuis 70 ans, SWISSAID s’engage aux côtés des plus démunis. Aujourd’hui, nous intervenons dans neuf pays: Tchad, Niger, Tanzanie, Guinée-Bissau, Myanmar, Inde, Équateur, Nicaragua et Colombie. Dans chacun de ces pays, nous poursuivons au mieux notre action en faveur des plus défavorisés parmi lesquels figurent les femmes et les petit-e-s paysan-ne-s. Actuellement, les programmes sont adaptés, repoussés, renforcés ou annulés en fonction de l’évolution de la pandémie et des mesures prises par les gouvernements. En Suisse également nos équipes sont touchées, mais la volonté de travailler ensemble est plus forte que jamais.

Tout comme en Europe, les situations au Sud diffèrent d’un pays à l’autre, d’une région à une autre. Cependant, le constat, implacable, est le même: ce sont les plus vulnérables qui paient et paieront le plus lourd tribut. A l’inverse de la Suisse, les États ne disposent pas des infrastructures sanitaires à même de faire face à la pandémie. Ils n’ont pas des dizaines de milliards de francs en réserve pour amortir le choc économique. Et puis, comment imposer un confinement total à des foyers qui subviennent déjà péniblement à leurs besoins grâce au petit commerce ou au transport de personnes?

Ces dernières semaines, les prix de produits de base ont flambé sur les marchés au Sud rendant leur accès difficile, voire impossible aux populations locales. Ainsi, au Tchad, le prix d’un kilo de gombo séché a presque triplé passant de l’équivalent de 1,20 franc suisse à 3,20 francs. Dans certaines villes d’Équateur, un grand sac de pommes de terre coûte actuellement 32 dollars américains contre 18 auparavant.

Après la crise sanitaire, c’est donc une crise alimentaire qui risque de s’abattre au Sud. Rappelons alors ici un chiffre des Nations Unies. En 2018, 820 millions de personnes souffraient de la faim dans le monde. Nous craignons qu’à l’avenir, elles ne soient encore plus nombreuses.

Cette crise rappelle combien nos engagements de longue date en faveur de la petite paysannerie, d’un accès à l’eau, de l’agroécologie et de la sécurité alimentaire sont essentiels et doivent perdurer. Elle nous conforte dans notre lutte pour une aide publique au développement à la hauteur de nos moyens. A savoir 0,7% de notre revenu national brut, comme le préconisent les Nations Unies, et non le maigre 0,45% prévu dans le message du Conseil fédéral sur la coopération internationale 2021-2024 qui devrait bientôt être débattu au Parlement.

Cette crise nous rappelle aussi que nous vivons dans un monde globalisé et que les valeurs de solidarité sont indispensables. Ne laissons donc pas les plus vulnérables sur le bord du chemin.

Texte Markus Allemann

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