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«L’humour est important en temps de crise»

11.04.2020
par Thomas Pfefferlé

Vous l’avez certainement entendu sur les ondes de Couleur 3, ou vu sur Instagram ou en spectacle à Paris, Alexandre Kominek, humoriste montant de la scène francophone, partage avec nous son expérience du confinement. A la fois barjot, talentueux et hilarant, il garde cependant la tête froide et transmet des messages aussi lucides que pertinents à travers son activité. Interview. 

La crise sanitaire, sociale et économique liée au coronavirus nous plonge dans une atmosphère des plus anxiogènes. Impossible de ne pas allumer sa télé ou sa radio sans être pris par un léger (ou fort) vent de panique. Entre ces multiples informations qui, à répétition, nous pèsent sur le moral, on vous propose de faire un petit détour du côté de la scène humoristique suisse et francophone. Et parmi les artistes prometteurs du moment, Alexandre Kominek s’avère incontournable. Sur les ondes de Couleur 3, sur les réseaux sociaux ou encore sur YouTube, sans oublier les comedy clubs parisiens et son spectacle qu’il jouait tous les mercredis au Bo Saint Martin, le jeune humoriste enchaîne les spectacles et sketchs avec succès. En cette période de confinement, il nous raconte comment il fait pour ne pas devenir (trop) fou.

Pour un humoriste, le confinement c’est le chômage technique forcé non?

Carrément. Comme pour beaucoup de personnes. A vrai dire, pas tant que ça car, en ce qui me concerne, ce qui change c’est que d’habitude je reste à la maison toute la journée en sachant que je peux sortir et là je sais que je ne peux pas. Voilà! (rires). C’est surtout la nuit qui me manque. Les spectacles, les sorties, les scandales…(rires).

Tu es revenu à Genève dès que la crise a commencé à être sérieuse c’est juste?

Exact. J’ai quitté Paris pour m’installer à Genève avec ma mère. Je tiens à être proche de ma famille pour surmonter ces moments difficiles en étant ensemble.

Comment le vis-tu?

Pour l’instant ça va. Ce qui me touche le plus c’est le changement d’intensité et de rythme. Dans mon activité d’humoriste je suis habitué à vivre à 200 à l’heure. Il est fréquent que je fasse des allers-retours entre Paris, où je joue mes spectacles, et la Suisse où je propose mes sketchs à la radio par exemple. C’est une adrénaline à laquelle on devient vite accroc. En gros je me sens comme un drogué en manque! Et j’ai grave la dalle…(rires).

On te voit sur les réseaux sociaux. Notamment sur Instagram d’où tu continues à nous faire rire. Comment vois-tu les réseaux dans ce contexte étrange?

Les réseaux sociaux sont évidemment un lien essentiel qui me permet de rester près de mon public. Je peux ainsi continuer à me «produire» et à faire rire les gens. En même temps, de mon côté, c’est aussi un moyen de me libérer des tensions et de l’anxiété qui nous touchent tous durant cette période. Après c’est bien sûr très différent du live. Car là je ne vis pas les applaudissements ou les réactions du public en direct. Ce qui s’avère assez frustrant pour un artiste dopé par l’adrénaline des performances live.

Derrière tes blagues et ton humour bien déjanté on perçoit aussi un message très lucide. Surtout en ces temps de crise. En tant qu’humoriste tu ressens la nécessité d’avoir ce rôle d’influenceur pour soutenir les autorités et les médecins dans leurs efforts?

Disons que j’essaie d’utiliser mon influence actuelle dans la mesure de mes moyens pour rappeler aux gens le sérieux de cette situation. Mes pensées vont bien sûr à tous les professionnels du corps médical. Et à toutes les personnes qui travaillent encore, notamment dans les supermarchés qui restent ouverts, ainsi qu’à tous ceux qui font partie du secteur du nettoyage et de l’entretien. En bref, à tous les héros du moment qui continuent d’agir pour le bien commun, parfois dans l’ombre de manière injuste. Je trouve aussi que les chaînes de supermarchés et les employeurs qui continuent leur activité durant cette période devraient adopter des conditions avantageuses spéciales pour leurs employés. Car, en ces temps de crise, qui s’avèrent particulièrement anxiogènes, il serait juste que leurs efforts et leur courage soient reconnus et valorisés.

Quel est ton sentiment par rapport à la manière dont on gère la situation ici?

J’ai l’impression que l’on est un peu trop tranquille et que l’on a tendance à prendre la situation un peu à la légère. Quand j’entends ou je vois que des gens n’hésitent pas à sortir pour aller bronzer ou s’amuser au bord du lac entre amis, je m’énerve. C’est normal de sortir se dégourdir les jambes 30 minutes. Mais sortir constamment pour continuer à profiter de ses activités de détente en extérieur c’est un manque de respect et de solidarité. Pour moi, ces gens devraient être amendés. Personne n’est au-dessus des autres, de manière générale bien sûr, et particulièrement dans le genre de situation que nous vivons maintenant. Je pense que certaines personnes devraient prendre les choses plus au sérieux et penser à la santé et la sécurité collective avant la leur. C’est seulement en jouant à fond cette carte altruiste et sociale que l’on pourra avancer.

Pour revenir à ton activité d’humoriste, tu incarnes différents personnages, notamment lors de tes passages à la radio. Il y a le dragueur latino chaud bouillant, le bobo genevois fils à papa, etc. D’où tires-tu ton inspiration?

Des différents entourages que j’ai côtoyés. Je m’inspire des lieux de mon enfance, des gens qui m’ont marqué et qui m’ont fait rire. Les personnages te permettent de dire des choses que tu ne dirais pas en temps normal, c’est pour ça que j’ai toujours aimé les jouer. En même temps, je remarque que ces personnages me permettent tous de me focaliser sur des clichés qui parlent à beaucoup de monde. C’est un moyen de faire ressortir des traits drôles et interpellants de la société dans laquelle on vit. Actuellement, j’ai aussi des sketchs dans lesquels je donne des conseils de sport avec des tutos absurdes pour me moquer un peu des coachs sportifs qui n’en sont pas vraiment. A salle de sport, tout le monde a déjà croisé un mec moins musclé que soi et qui donne des conseils! J’aime beaucoup tourner ces situations en dérision.

Et quels sont tes prochains projets?

Actuellement, tous mes projets sont complètement bouleversés à cause de la crise du coronavirus. Tout va être décalé dans le temps. Mais je vais continuer à me produire en spectacles et à faire de la radio. Je suis d’ailleurs équipé pour continuer à faire des chroniques sur Couleur 3 depuis chez moi. Comme la plupart des chroniqueurs d’ailleurs. Je travaille aussi à l’écriture de mes prochains passages dans «Les bras cassés» sur Couleur 3. C’est une émission que j’adore et que j’ai la chance de pouvoir rejoindre.

Globalement, quels sont tes rêves au niveau artistique?

Faire du cinéma serait vraiment génial. Pas pour l’amour du septième art, mais pour celui des top model pompettes après deux coupes de champagne. J’adore. Autrement, je veux aussi poursuivre tout ce que j’ai pu faire jusqu’à maintenant. Ce qui comprend notamment le fait de produire des chroniques pour mes passages à la radio. Je veux également continuer à faire l’humoriste et à jouer devant mon public lors de mes spectacles entre la Suisse et la France. Je travaille aussi beaucoup sur de la production de contenu audiovisuel sous forme de séries ou de formats courts.

Interview Thomas Pfefferlé

Photos Valon Imeri

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