Famille Habitat Lifestyle Santé

Les bienfaits du rangement

30.04.2020
par Andrea Tarantini

De KonMari au Death Cleaning: les méthodes et philosophies de rangement et de nettoyage sont nombreuses. Pourquoi sont-elles si populaires? Que peuvent-elles nous apprendre?

Pour la plupart des gens, les mots «rangement» et «nettoyage» ont une connotation négative. Souvent, ce sentiment dépréciatif à l’égard du nettoyage surgit déjà à l’adolescence, lorsque les parents demandent de bien «ranger la chambre», mais aussi à l’école, lorsque le tableau noir doit rester propre de jour en jour. Il concerne également l’âge adulte et la nécessité d’organiser et ranger sa propre maison. Nous l’avons compris: nettoyer, c’est toujours du boulot, et pas l’un des plus agréables.

Pourquoi cette activité nous dérange-t-elle autant? Tout premièrement parce que le nettoyage doit être fait régulièrement. Après avoir passé l’aspirateur chez vous,  en long et en large, vous pouvez être fier et ranger l’ennuyeux appareil. Mais, au fond, vous savez très bien que la semaine prochaine vous devrez vous y remettre.

Que le temps de nettoyage soit long ou court et que la surface concernée soit grande ou non, après nos exploits, le succès est de courte durée. On ne se passera jamais totalement du nettoyage et du rangement.

Rangement et bonheur sont inséparables

Au cours des dix dernières années, un certain nombre de tendances et de philosophies de nettoyage ont fait l’objet d’une grande attention dans les médias. Marie Kondo, la consultante japonaise spécialisée dans le rangement et le développement personnel est l’une des figures les plus connues dans ce domaine. Avec son livre «Magic Cleaning: How Proper Cleaning Changes Your Life», elle a inspiré et convaincu des millions de personnes à nettoyer et purifier leur maison. Le principe est simple: le rangement ne doit pas s’effectuer par lieux mais par catégories d’objets. Il y a un ordre à respecter: avant tout il faut ranger les vêtements, puis les livres, les papiers, les petits objets, et enfin, les objets souvenirs qui réveillent des émotions.

Les objets de chaque catégorie doivent passer dans nos mains l’un après l’autre. Il faut alors se poser la question suivante: «est-ce que cet objet me rend heureux-euse? Si tel est le cas, l’objet peut être conservé. Autrement, il doit être donné ou jeté.

Aujourd’hui, la méthode Konmari est mondialement connue car, au fond, nous voulons tous un foyer dans lequel nous pouvons couler des jours heureux. Souvent, la surconsommation ne nous permet pas d’identifier les choses qui nous apportent vraiment de la joie. Ainsi, Marie Kondo nous apprend aussi qu’il faut lâcher prise et se libérer de tout objet qui ne nous rend pas heureux-euse, peu importe son prix ou sa rareté.

Qui triera nos affaires après notre décès?

Personne n’aime penser à la mort. C’est normal. Et réfléchir à la mort et au nettoyage en même temps, cela ne nous fait pas sauter de joie.

En 2017, l’auteure suédoise Margareta Magnusson a publié «The gentle Art of Swedish Death Cleaning». La femme de 86 ans soutient qu’il ne faut garder que les choses dont nous avons besoin ou qui nous rendent heureux-euse. Cette philosophie ressemble beaucoup à la méthode Konmari. Mais Magnusson va plus loin et mène ses lecteurs à se demander: qu’arrivera-t-il à mes affaires quand je serai mort-e?

Il faut donc nettoyer en pensant à sa famille. En cas de décès, nos proches devront s’occuper de beaucoup de choses. Il faut donc les aider à l’avance et autant que possible en triant nos propres affaires. Les personnes qui ont déjà dû ranger les affaires d’un proche décédé savent qu’il s’agit d’une tâche difficile, parfois même traumatisante.

Pour les personnes âgées, il peut donc s’avérer utile de s’occuper, dès que possible, de la question du nettoyage. Cependant, l’auteure s’adresse également aux jeunes qui doivent, eux-aussi, se libérer des choses inutiles. Magnusson offre aussi des conseils amusants. Par exemple, elle suggère de garder une boîte «intime» qui contient des choses qui nous tiennent à cœur comme des objets-souvenir, des lettres d’amour, un journal intime ou même des photographies scandaleuses. Cette boîte doit être cachée soigneusement et ne pourra être ouverte par nos proches qu’après notre décès.

Le nettoyage et la religion

Il semble qu’il s’agisse d’un besoin humain de s’occuper de ses propres affaires de manière attentionnée et régulière. Ainsi, le nettoyage et le rangement doivent aussi être faits périodiquement et méthodiquement. Dans ce but, la bloggeuse chrétienne Anne Marie Heasley a lancé le projet «40 jours, 40 sacs» qui se déroule pendant les 40 jours du Carême et qui consiste à faire le tour de sa maison en remplissant chaque jour un sac à poubelle avec les affaires inutiles qui doivent être jetées. Par ce challenge, elle a motivé ses followers qui se sont tout de suite mis à faire du rangement dans leurs affaires.

Dans le bouddhisme, le nettoyage est également très important. Dans un article, le moine bouddhiste Shoukei Matsumoto l’a même décrit comme l’exercice spirituel le plus important de tous. En effet, dans son livre «The Art of Mindful Cleaning», il explique en 160 pages pourquoi le nettoyage nous rend heureux.

Préserver son chez-soi et son esprit

En fin de compte, en matière de nettoyage, est-ce que notre attitude a une influence sur nous? Se pourrait-il que nous n’aimions pas nettoyer parce que la société l’attend de nous? C’est possible. Cependant, le nettoyage est souvent vu d’un mauvais oeil car il met en évidence des problèmes plus profonds. Il nous oblige à garder un œil sur des caractéristiques de nous-mêmes que nous voudrions oublier. Par exemple, qu’est-ce que cela dit de nous si nous avons encore des reçus de 2012 qui traînent sur nos étagères? Et pourquoi ne jetons-nous pas le T-shirt qui appartenait à notre ex-copain/copine ou les pantalons dans lesquels on ne rentre plus?

Le nettoyage nous met face à nous-même et, parfois, cela peut s’avérer inconfortable. Dans ce cadre, le besoin de règles et de motivation, comme celles de Marie Kondo par exemple, est donc compréhensible et nécessaire.

De plus, le nettoyage et le rangement sont aussi, en quelque sorte, des soins personnels. Chacun d’entre nous mérite un beau foyer, un endroit où il ou elle peut se sentir à l’aise et en sécurité. Et chacun de nous a besoin d’un déclic différent pour y parvenir, qu’il s’agisse d’une influence plutôt pragmatique ou philosophique. Le respect de nos affaires et de notre espace de vie correspond aussi au respect de nous-mêmes.

Texte Fatima Di Pane

Traduit de l’allemand par Andrea Tarantini

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

ARTICLE PRÉCÉDENT
ARTICLE SUIVANT