Interview par Alix Senault

Patrik Wägeli : Dans les baskets du « Fastest Farmer »

Agriculteur le jour, marathonien de haut niveau le matin : le « Fastest Farmer » relève chaque défi avec discipline, passion et persévérance.

Coureur de marathon d’élite et agriculteur de profession, Patrik Wägeli incarne un équilibre rare entre performance sportive de haut niveau et profond enracinement dans l’agriculture. Il vit à Nussbaumen, dans le canton de Thurgovie, et partage son quotidien entre entraînements intensifs, vie de famille et exploitation agricole, avec cultures et élevage bovin. Ancien orienteur, il s’est progressivement tourné vers la course de fond et totalise aujourd’hui une quinzaine de marathons ainsi que trois participations aux Championnats d’Europe. Récemment devenu père d’une petite fille et nouvel ambassadeur de la marque Decathlon, Patrik Wägeli revient sur son parcours, ses défis et sa philosophie de vie.

Vous êtes à la fois sportif passionné et agriculteur de profession. Qu’est-ce qui relie ces deux univers ?

Ces deux univers sont plus proches qu’on ne le pense. L’agriculture comme le sport de haut niveau exigent discipline, précision et vision à long terme. À la ferme, on travaille avec la nature et les saisons, on ne peut pas tout contrôler, comme dans le sport. J’ai commencé très jeune la course d’orientation, vers 12 ans, puis je me suis progressivement tourné vers la course à pied. Le défi m’a toujours attiré, et j’ai couru mon premier marathon à 24 ans. À un moment donné, j’ai réalisé que la vie à la ferme seule ne me suffisait plus. J’avais besoin de défis sportifs à haut niveau, même si cela signifiait mener deux vies exigeantes avec un quotidien très intense. C’est ainsi qu’a commencé mon aventure de « Fastest Farmer ».

Comment la course est-elle devenue un élément central de votre vie ?

Courir a toujours été l’une de mes forces, déjà à l’époque de la course d’orientation. J’aimais les efforts longs et réguliers, la vitesse et l’adrénaline de la compétition. Avec le temps, j’ai compris que le marathon correspondait parfaitement à mes capacités et à ma personnalité. Ce que j’apprécie particulièrement, c’est la préparation, la planification des 42 kilomètres, ainsi que le défi mental et physique. Contrairement à la course d’orientation, où les compétitions sont fréquentes, le marathon exige une préparation longue et très spécifique. Cela me motive énormément à donner le meilleur de moi-même le jour J.

Vous courez des marathons. Quelles sont vos meilleures performances jusqu’à présent ?

Le marathon est clairement mon objectif principal, même si je participe parfois à des courses de 10 km ou à des semi-marathons. Mon record personnel est de 2 h 12 min 01 s, réalisé cette année en février dernier à Séville. Ces dernières années, mes performances se sont stabilisées à un niveau similaire. Mon objectif est maintenant de me qualifier pour les Championnats d’Europe à Birmingham et, si possible, de remporter un troisième titre consécutif de champion de Suisse du marathon. La saison prochaine, j’aimerais améliorer mon temps pour atteindre 2 h 10.

Comment parvenez-vous à concilier votre travail à la ferme, votre vie de famille et votre entraînement ?

C’est certainement le plus grand défi, d’autant plus que je suis récemment devenu père. Je suis avant tout agriculteur et je sais qu’à 35 ans, il est trop tard pour devenir coureur professionnel à plein temps. Avant les grandes compétitions, je suis une préparation spécifique de douze semaines, avec un stage d’entraînement d’environ deux semaines consacré uniquement à la course. Pendant ce temps, j’engage du personnel supplémentaire à la ferme. Mon père travaille aussi sur l’exploitation, et ma partenaire ainsi que mon entourage me soutiennent énormément.

Dans mon métier comme dans le sport, la planification est essentielle. Certains travaux agricoles, comme les récoltes, restent prioritaires. J’apprends constamment à mieux organiser mon temps. Parfois, c’est un vrai exercice d’équilibriste, mais je cherche toujours à préserver un équilibre essentiel à mon bien-être.

Vous êtes récemment devenu père. Comment cela a-t-il changé votre quotidien ?

C’est un grand bonheur ! Notre fille Linnea est née en hiver, une période plus calme à la ferme. Cela facilite un peu l’organisation. Je peux davantage soutenir ma partenaire, m’occuper de notre fille et me lever la nuit. Le sommeil est parfois plus compliqué, et le printemps sera plus intense avec les travaux extérieurs. Mais j’ai déjà adapté certaines routines pour préserver du temps pour ma famille et mon entraînement.

À quoi ressemble une journée d’entraînement typique ?

Si possible, je privilégie les entraînements le matin. Les séances les plus intensives ont lieu trois fois par semaine vers huit heures, et les autres jours, je fais des sorties longues de 22 à 25 km. Ces séances représentent environ 70 à 80 % du travail nécessaire. Ensuite, vers onze heures, je reprends le travail à la ferme. Si nécessaire, je fais encore une séance plus légère ou du renforcement musculaire le soir. Pendant les périodes intensives, je peux compter sur l’aide de mon père et d’un employé à temps partiel.

Quel équipement est indispensable pour vous ?

La course a l’avantage de nécessiter peu de matériel : de bonnes chaussures et des vêtements adaptés. J’utilise des chaussures carbone Kiprun KD900X LD+, conçues pour les longues distances. Pour les entraînements plus tranquilles, j’utilise plusieurs paires différentes afin d’éviter les blessures. En tant qu’ambassadeur Decathlon, je teste aussi d’autres produits. L’équipement est important, mais il reste secondaire par rapport à la régularité et au travail.

Ces deux univers sont plus proches qu’on ne le pense.

Avez-vous des habitudes spécifiques en matière d’hydratation et de nutrition ?

Je m’entraîne dans des conditions proches de la compétition. Tous les cinq kilomètres, quelqu’un me ravitaille à vélo. J’utilise toujours la même boisson. Pour les amateurs, il est essentiel de boire suffisamment, surtout lors des sorties de plus d’une heure. Une alimentation équilibrée et riche en glucides avant la course est également importante.

À quoi pensez-vous pendant un marathon ?

Je suis dans un état de concentration extrême, presque méditatif. Je me concentre uniquement sur mon rythme et mon ravitaillement. Les moments les plus difficiles surviennent souvent avant le semi-marathon, entre le 25e et le 30e kilomètre, et dans les derniers kilomètres. Dans ces moments-là, je pense à ma préparation et à mes objectifs.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut commencer à courir ?

Le plus important est de prendre du plaisir. Il faut commencer doucement et progresser progressivement. Je recommande aussi le fractionné, par exemple le 30/30 : 30 secondes rapides, 30 secondes lentes.

Quels sont vos prochains défis ?

J’ai récemment battu mon record personnel à Séville en 2:12:01. Maintenant, je dois récupérer, puis reprendre l’entraînement. Je veux courir un semi-marathon rapide ce printemps, puis préparer les Championnats d’Europe avec environ 180 km par semaine.

Quel est votre mantra ?

Faire ce que je veux, pas ce que je dois. Mon objectif est de devenir la meilleure version de moi-même, comme agriculteur et comme coureur. Mon véritable adversaire, c’est moi-même. J’apprends chaque jour, et c’est ce qui me motive.

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28.03.2026
par Alix Senault
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