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Changement climatique: «La Suisse pourrait être un modèle pour d’autres pays»

30.06.2021
par Andrea Tarantini

Le discours public sur le changement climatique a peut-être été relégué au second plan pendant la pandémie. Néanmoins, il est toujours bien présent. Iris Menn, directrice exécutive de Greenpeace, nous explique comment elle perçoit le débat et ce que l’individu peut faire pour lutter contre le changement climatique. 

Iris Menn, la question du changement climatique est de plus en plus au coeur du débat social. Cela a-t-il eu un impact sur Greenpeace? 

En Suisse, nous avons plus de 130 000 donateurs. Après plusieurs années de baisse des dons, nous avons connu une stabilisation suivie d’une croissance ces dernières années. Cela s’explique aussi par le grand travail de sensibilisation du public à la question du climat. D’ailleurs, les enjeux sont nombreux, ce qui permet aux gens de s’impliquer de diverses manières. Il s’agit en effet d’ancrer plus largement dans la société les objectifs de protection du climat et de conservation de la biodiversité. 

Dans les classements sur la durabilité des pays, la Suisse figure souvent parmi les dix premiers. Selon vous, notre pays est-il un bon élève en matière de développement durable? 

Dans le cas d’un iceberg, vous ne pouvez voir que dix pour cent de la surface qui sort de l’eau. Dans ce cadre, c’est la même chose: il faut voir la situation dans sa globalité. À mon avis, la Suisse n’est pas un pays pionnier. Récemment, l’organisation allemande Germanwatch a publié l’indice de performance en matière de changement climatique 2021. La Suisse y occupe la 14ème place et se situe derrière tous les pays nordiques ainsi que la Grande-Bretagne, le Maroc, l’Inde et le Chili. La Suisse compte plus de systèmes de chauffage au fioul que tout autre pays d’Europe. En outre, chaque année, nous mettons en circulation une flotte de voitures neuves à forte consommation et prenons l’avion deux fois plus souvent que les pays voisins. Si l’on ajoute encore les émissions liées à la consommation que nous provoquons à l’étranger par exemple, la Suisse se classe au sixième rang mondial des émissions les plus élevées, devant 192 autres pays dont beaucoup sont plus grands et plus peuplés. 

Quelles sont les faiblesses et les points forts de la Suisse? 

Une de nos principales faiblesses concerne le fait qu’on se laisse bercer par un faux sentiment de sécurité. Il semble que le statu quo soit considéré comme préférable à un changement audacieux. Toutefois, pour lutter contre la crise climatique et mettre un terme à l’extinction des espèces, des changements radicaux dans notre système socio-économique sont nécessaires. D’innombrables études scientifiques en démontrent clairement la nécessité, mais on n’en parle pas assez. 

La Suisse possède néanmoins des atouts: des PME innovantes, d’excellentes universités scientifiques, une force financière et une démocratie directe. Nous pourrions ainsi créer les conditions cadres nécessaires à la mise en oeuvre de la protection du climat et de la biodiversité et servir de modèle à d’autres pays. Nous devons tous contribuer! 

Quelles mesures peut-on prendre individuellement? 

Avec son système politique de démocratie directe, la Suisse offre la possibilité de s’engager de manière durable et respectueuse du climat. Engagez-vous politiquement, votez pour protéger le climat et la biodiversité et élisez consciemment des politiciens actifs dans ce domaine. Vous pouvez également faire campagne pour des solutions concrètes là où vous êtes actifs, que ce soit à l’école, au travail, dans votre commune ou canton. Vous pouvez par exemple lancer des projets pour réduire les émissions dans votre propre environnement ou demander aux banques et aux entreprises de devenir plus respectueuses du climat. Dans ces endroits, vous pouvez commencer à faire entendre votre voix et à montrer votre visage. 

Comment voyez-vous l’avenir en matière de durabilité? 

Je pense que le thème de la protection du climat et, surtout, de la protection de la biodiversité nous accompagnera pendant quelques années. Nous devons comprendre que ces deux questions vont de pair. En tant que société, nous devons nous engager dans une transformation vers un nouveau système socio-économique. Pour ce faire, nous devons tenir un discours adapté et nous poser les bonnes questions: quelles sont nos valeurs en tant que société? Dans quel type de système voulons-nous vivre? Comment voulons-nous mesurer nos résultats? J’aimerais que nous parcourions tous ensemble ce chemin vers un nouveau système et une joyeuse complicité. 

Interview Kevin Meier 

Traduit de l’allemand par Andrea Tarantini 

Image Greenpeace

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