Droit Éducation et Formation Études

Suivre le progrès dans la formation universitaire en droit

31.03.2021
par Perrine Borlée

Aujourd’hui, notre société progresse à grands pas, impactant considérablement la pratique de différentes professions, et notamment le domaine du droit. Dans ce cadre, il est important de bien connaître son environnement et de pouvoir s’y adapter rapidement pour défendre les intérêts de ses clients.

De nombreuses universités suisses proposent des Masters et des cours couvrant des nouvelles matières: l’environnement, les nouvelles technologies ou la protection de données. Concrètement, quels sont les choix proposés aux étudiants de dernière année de Bachelor qui doivent choisir une spécialisation?

Giulia, étudiante en troisième année de Bachelor à l’Université de Lausanne explique: «Les étudiants en droit sont de plus en plus intrigués par ces spécialisations. Lors des séances d’informations, des collègues m’ont fait part de leur intérêt et de leurs doutes par rapport à ces Masters qui représentent des domaines actuels, mais aussi avant-gardistes». La jeune femme précise qu’il persiste une crainte pour certains étudiants de se spécialiser dans un domaine trop pointu et de se fermer des portes dans l’avocature traditionnelle. «Personnellement, ces branches pourraient m’intéresser. Cependant, certains cours, comme l’informatique par exemple, ne sont pas faits pour moi. J’aimerais choisir une spécialisation qui me convienne et qui m’ouvre plusieurs portes à l’avenir, comme la Maîtrise en droit».

Master d’un nouveau genre

Proposée par l’Université de Lausanne (UNIL) depuis 2002, la Maîtrise en droit, criminalité et sécurité des technologies de l’information (DCS) conjugue les enseignements de la Faculté des hautes études commerciales (HEC) et la Faculté de droit, des sciences criminelles et d’administration publique (FDCA). Son approche transversale garantit une formation pointue pour appréhender les problèmes posés par les technologies de l’information en termes juridiques, informatiques et criminalistiques.

Le Professeur Sylvain Métille, responsable de la Maîtrise, explique: «C’est une Maîtrise moderne, mais pas nouvelle. Avec l’influence des sciences criminelles, il y a longtemps que la Faculté traite de sujets techniques. Les plans d’études et le contenu des cours de la Maîtrise DCS évoluent rapidement pour suivre les développement techniques et sociétaux, peut-être plus vite que dans d’autres domaines du droit».

Le Master DCS permet aux étudiants de se forger une transversalité en termes d’expertises, de savoirs et d’expériences, tout en développant leur agilité et leur capacité d’adaptation. Un véritable atout d’après le Professeur Métille qui précise qu’il existe parfois des difficultés de compréhension et de communication entre les différents corps de métier d’une entreprise. «Avec cette spécialisation, les juristes ne seront pas des spécialistes complets en informatique et science forensique, mais ils auront une bonne compréhension des concepts, une capacité d’appréhender les problèmes et d’échanger avec les informaticiens», ajoute-t-il.

Livio di Tria, juriste spécialisé en droit des nouvelles technologies et diplômé de l’UNIL, explique que cette Maîtrise l’a séduit car il souhaitait une formation plus spécifique. «Ce que je trouve intéressant avec le droit, c’est le fait de débattre, convaincre, se laisser convaincre, mais c’est aussi anticiper. Il me paraissait logique de me spécialiser dans des domaines novateurs qui me passionnent. Et le numérique, en plus d’être un domaine perturbateur pour le juriste, suscite de nombreux questionnements, souvent mal appréhendés», ajoute Livio di Tria.

D’ailleurs, selon le juriste et le Professeur Sylvain Métille, l’avocature n’est que l’un des débouchés possibles pour les étudiants en droit. Livio di Tria explique en effet: «Le secteur du numérique étant en pleine expansion dans le secteur public et privé, une telle spécialisation est donc très recherchée sur le marché de l’emploi. Dans ma volée comme dans les suivantes, tous les étudiants ont immédiatement trouvé un emploi».

L’innovation au centre de la spécialisation

Il n’y a pas qu’à Lausanne que les futurs juristes peuvent se spécialiser dans des matières novatrices. Le Master interdisciplinaire en Innovation, mis en place en 2017 à l’Université de Neuchâtel (UNINE), examine l’innovation de façon critique d’un point de vue des sciences humaines et sociales, au niveau du droit, du management de l’innovation et de la sociologie.

Le Professeur Daniel Kraus, responsable de l’orientation droit de la Maîtrise explique: «C’est un Master unique en son genre qui a été mis sur pied par les Facultés de droit, des sciences économiques, des Lettres et sciences humaines de l’UNINE, avec une participation de la Faculté des sciences. Notre slogan, «comprendre les défis d’aujourd’hui, entreprendre les changements de demain», illustre bien la philosophie de ce Master».

La création de cette spécialisation est partie d’un constat: Neuchâtel et l’arc jurassien sont une région très innovante dans le domaine de la micro précision et donc technologique. «Or, il convient de placer l’être humain au centre de cette innovation et de comprendre les bénéfices qu’elle peut lui apporter sans qu’il ne se laisse dépasser. On pense à l’intelligence artificielle, à la protection des données et à l’effet que ces innovations peuvent avoir sur l’être humain, sur la place économique régionale mais aussi suisse et européenne, sur nos fondements démocratiques et sur notre souveraineté», précise le Professeur Daniel Kraus.

Les cours sur l’anthropologie liée à l’innovation, sur les défis sociaux, économiques et politiques de la numérisation, sur le développement de nouveaux produits, sur le droit de la propriété intellectuelle constituent le coeur de la formation en Innovation de l’UNINE.

Des cours introductifs et essentiels

Outre ces Masters qui fleurissent dans les offres universitaires suisses, il existe également des cours garantissant une belle entrée en matière et l’acquisition des fondements de ces domaines innovants. C’est notamment le cas du cours de droit de l’environnement proposé à l’UNIL et dispensé par la Professeure Anne- Christine Favre.

«Cette matière, encore jeune, repose sur des principes dont il convient de comprendre la portée. L’intérêt de cette discipline est aussi celui d’évoluer en fonction des connaissances et des conceptions de notre relation avec l’environnement», explique-t-elle. En plus des présentations classiques (législation, jurisprudence, doctrine, casus, débats thématiques), ce cours intègre des interventions de personnes extérieures sur des thèmes tels que les nouveaux instruments d’action globaux, le rôle des ONG et l’empreinte écologique. «Il permet ainsi aux étudiants de comprendre les problématiques qui se posent dans un spectre large du droit de l’environnement et de saisir les nouveaux enjeux».

La professeure Anne-Christine Favre ajoute: «L’étudiant en droit sait que, dans un tel cours, il va consolider certains acquis, notamment en matière de droit administratif, de contentieux et de droits fondamentaux et être en mesure de mener plus loin ses réflexions. Cela l’amènera peut-être à être lui-même le maillon d’une nouvelle proposition législative ou d’une nouvelle jurisprudence!»

Ces quelques Maîtrises et cours ne sont que des exemples dans la vaste liste des spécialisations proposées par les Universités suisses. Leur point commun réside dans leur capacité à rassembler des étudiants et des enseignants de tous horizons, qui peuvent échanger ensemble afin de mieux comprendre les enjeux et les points de vue liés à l’innovation et à l’évolution de notre environnement. Grâce à cette caractéristique et aux thèmes novateurs qu’ils abordent, ces Masters forment les futurs juristes de demain en adéquation avec notre époque riche en découvertes et progrès.

Texte Perrine Borlée

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