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Les carrières bancaires à l’ère du numérique

06.10.2018
par SMA

Entre les beaux plans de carrière des années 90 et les licenciements collectifs qui touchent aujourd’hui les collaborateurs du secteur bancaire, à peine 20 ans se sont écoulés. Le marché du travail dans la banque suisse a davantage changé au cours des 6 dernières années que durant les 50 ou 70 qui ont précédé, et avec lui, la notion même de carrière bancaire.

Le bon vieux temps d’avant la crise

Entre 1988 et 2008, la banque suisse a connu son âge d’or. Pendant près de 3 décennies, tout n’a été que succès et croissance. Croissance des affaires, croissance des effectifs, croissance des revenus et croissance des rémunérations.

Boostées par des conditions cadres extraordinaires (secret bancaire et bienveillance fiscale), Zurich et Genève caracolaient en tête du classement des meilleures places financière mondiales (encore 4e et 9e en janvier 2014).

Cette croissance, que l’on a cru infinie, a engendré une pénurie de talents malgré l’ouverture des frontières en 2003. D’ailleurs, ce phénomène s’est transformé en guerre des talents, avec pour conséquence, des carrières particulièrement «sympathiques» pour les employés et les cadres bancaires.

GPEC et plans de carrière

Pour mémoire, en 2000,  le turnover dans les banques privées suisses était quasiment nul et l’ancienneté maximale. On peut même affirmer que la garantie de l’emploi était supérieure à celle offerte par la fonction publique.  Le leitmotiv des DRH était alors «Attirer – Développer – Retenir». C’est ainsi que, s’inscrivant dans un horizon à long terme et stable, mais également afin de pouvoir compter sur les meilleurs éléments, les banques suisses bâtissaient pour leurs employés prometteurs des plans de carrière à 10 ans ou plus.

En parallèle, la gestion prévisionnelle et des compétences (GPEC) avait pour mission  de préparer la relève pour tous les postes clés, à savoir le remplacement du titulaire le jour de la retraite. Pour cela, les plans de carrière jouaient pleinement leur rôle à la satisfaction de tous.

Fin du secret bancaire et digitalisation de la finance

Si la place financière et ses acteurs ont vécu la fin du secret bancaire et son corollaire la fin de l’optimisation fiscale comme un véritable tsunami, que dire des impacts à venir de la digitalisation de l’économie en général et de l’activité bancaire en particulier. Soudainement, les métiers de la banque qui apparaissaient comme des havres de stabilité et de certitude en ce début de XXe siècle se sont révélés en profonde disruption. Les changements de paradigmes économiques aussi brutaux qu’imprévus et l’obsolescence tout-à-coup ultra rapide des compétences qui en découle, ont rendu inopérants les concepts et les pratiques en matières de GPEC et de plans de carrière.

Les bouleversements observés dans la place financière suisse depuis la crise des subprimes en termes de rémunération, de turnover, d’ancienneté et taux de chômage laissent entrapercevoir ce que nous réserve la digitalisation de la finance.

Les bouleversements observés dans la place financière suisse depuis la crise des subprimes en termes de rémunération, de turnover, d’ancienneté et taux de chômage laissent entrapercevoir ce que nous réserve la digitalisation de la finance. En effet, la concurrence des algorithmes, des robots et de l’intelligence artificielle va exiger  de chacun une expertise technique et comportementale sous peine de se voir bientôt non pas épaulé mais remplacé par la machine.

Compétences d’hier et compétences de demain

Les compétences qui permettaient jadis de décrocher un job pour la vie ne permettent même plus de le conserver, encore moins d’en trouver un nouveau. L’ancienneté, qui était un des facteurs clé pour l’accession à des postes à responsabilité, a cessé d’être déterminante. L’obsolescence de plus en plus rapide des compétences techniques et les nouveaux comportements attendus dans ces périodes complexes, font que l’expérience et l’expertise sont devenues totalement indépendantes de l’ancienneté.

Qui achèterait aujourd’hui un portable 3210 au motif que Nokia a été le leader du marché il y a 15 ans? Il en va de même des compétences des banquiers. Les métiers de la banque et de la finance ne ressemblent en rien à ce qu’ils étaient avant la crise de 2008.  Idem pour les compétences requises pour l’exercice de ceux-ci, qu’il s’agisse des connaissances, des savoir-faire ou des soft skills.

Il en résulte sur le marché de l’emploi un écart grandissant entre l’offre et la demande de compétences. Paradoxalement et alors que le taux de chômage est au plus haut, les employeurs du secteur banque et finance peinent à trouver en Suisse les candidats disposant de l’expertise et de l’expérience souhaitées pour affronter les enjeux liés à la digitalisation… et les tentatives de mesures protectionnistes en faveur de la main d’œuvre locale ne constituent clairement pas une réponse à ce dilemme.

La formation continue: unique levier de performance et de résilience professionnelle

Pour tous les acteurs, l’incertitude relative aux jobs de demain et le cycle de vie de plus en plus court des compétences sont synonymes de dégradation de l’environnement et de remise en cause de pratiques passées. Ils posent la question de la formation continue sous un angle nouveau. Il n’est plus question de suivre des formations et acquérir de nouvelles qualifications pour progresser dans l’entreprise et faire carrière. L’objectif est aujourd’hui avant tout de rester dans le marché, c’est-à-dire de maintenir son employabilité.

Ces formations doivent être courtes, pointues, pratiques et accréditées par des labels forts reconnus de tous. Elles doivent aussi donner du sens au changement

Si les plans de carrière ont aujourd’hui partout disparu, ce n’est en revanche pas le cas des parcours et des opportunités professionnelles. Mais pour être en mesure de saisir ces dernières, il faut être prêt. La formation continue poursuit ainsi désormais un double but: maintenir ou développer sa performance actuelle et se préparer aux futures opportunités … en un mot gérer sa carrière.

Les carrières bancaires, à l’heure de la digitalisation de l’économie, sont devenues des cycles itératifs à 3 étapes: préparation, opportunité saisie, réalisation performante.

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