
Marie Glaser
Cheffe de secteur – Questions fondamentales Logement et Immobilier Office fédéral du logement OFL
La Suisse est aujourd’hui confrontée à la tâche de concevoir un paysage urbain durable et dense, qui offre à toutes les habitantes et tous les habitants une qualité de vie élevée.
Cette croissance se déroule principalement dans les zones déjà bâties, dans les villes mais aussi, de plus en plus, dans les communes d’agglomération. Le cadre légal est fixé par la loi sur l’aménagement du territoire. Mais la question centrale qui nous guide sur la voie de l’avenir des villes reste exigeante : comment créer davantage d’espace d’habitation et de vie, tout en le concevant de manière durable et de haute qualité ?
Dans les décennies à venir, les fortes tendances à la globalisation, à l’individualisation, à la numérisation, au changement démographique et à la migration, ainsi que le changement climatique, marqueront le développement spatial de la Suisse. En ce qui concerne les villes et les agglomérations, cela signifie développer leurs stratégies avec clairvoyance et empathie, et gérer activement les conflits d’objectifs qui en découlent inévitablement.
Nous avons besoin de stratégies qui prennent en compte la croissance et permettent un développement vers l’intérieur de qualité. La poursuite de la construction dans les agglomérations doit être pensée avec soin, en intégrant systématiquement l’espace public. La densification est spécifique au contexte local : les villes se composent de quartiers de densité et d’identité différentes. Chacun possède ses qualités propres et doit être pensé en fonction de la population qui y réside.
En parallèle, il est important de garantir un habitat diversifié et abordable pour les différentes générations, y compris des logements sans obstacles et des espaces publics pensés selon le mode du « Design for All ». Nous devons simultanément poursuivre la construction, transformer l’existant, préserver les valeurs du patrimoine bâti et adapter nos localités au changement climatique. L’ensemble de ces démarches doit se faire de manière socialement acceptable, avec des mesures pour prévenir les phénomènes de déplacement.
La coopération et une planification apprenante restent la voie déterminante pour des quartiers vivants, justes et durables.
La bonne nouvelle est que de nombreuses villes et communes ont déjà posé des bases solides. Parmi celles-ci, Nyon, Renens, Lausanne ou Genève, comme beaucoup d’autres lieux, montrent de manière exemplaire comment des stratégies de logement fondées sur des faits peuvent fonctionner. Ces localités se concentrent sur la politique foncière et du logement, la mobilisation des terrains constructibles et la planification de l’utilisation du sol, et relient consciemment développement économique et création de logements. La planification urbaine et sociale ainsi que l’aménagement des quartiers sont conçus comme un ensemble cohérent. La population est activement impliquée, un facteur central pour l’acceptation et la compréhension des besoins locaux.
C’est, avant tout, à l’échelle du quartier que la ville du futur se déploie. Elle offre de courtes distances, une mixité des usages, des infrastructures accessibles à pied, ainsi que des espaces publics et semi-publics soigneusement conçus et des zones vertes.
Ainsi émergent des lieux de rencontre, de mouvement et de détente, essentiels pour la qualité de vie et le sens de la communauté.
La réalité du terrain montre toutefois que les défis se sont complexifiés dans les espaces urbains. Dans certains quartiers, ils se manifestent souvent de manière particulièrement évidente : tensions sociales, pauvreté, charges dues à la chaleur et à l’environnement, mais aussi pression de densification, bâtiments anciens et besoin de rénovation énergétique.
Des processus de gentrification s’y produisent, des ascensions et des déclins sociaux, ainsi qu’un manque de logements abordables. De tels quartiers nécessitent des stratégies à long terme, interdisciplinaires, et des programmes de soutien appropriés. Les précieuses expériences des « Projets urbains » (2008–2015), qui ont été soutenus notamment par l’Office fédéral du logement, ont montré que les quartiers jouent un rôle clé dans une planification urbaine intégrée et participative, ainsi que de véritables terrains d’expérimentation pour des approches innovantes. Le « Réseau Quartiers Vivants », organisé par l’Union des villes suisses sur mandat et avec le soutien de la Confédération, informe régulièrement les villes suisses des divers enseignements récents relatifs au développement des quartiers.
Qu’il s’agisse de personnes nouvellement arrivées ou déjà établies, pour toutes, le quartier est l’ancrage central du quotidien. Afin de rendre ces espaces aptes à affronter l’avenir, il faut faire preuve de coopération, de compromis et de persévérance. Ce qui s’avère décisif, c’est une attitude de « care » : un véritable « prendre soin », dans le sens d’une éthique de la sollicitude envers les autres, comme envers le monde qui nous entoure. Celles et ceux qui assument des responsabilités développent un regard plus global sur les besoins spatiaux et sociaux ; ils/elles peuvent les traduire par des actions locales, ancrées et prévoyantes.
La pandémie du coronavirus en 2020 nous a montré de manière frappante où subsistent encore des déficits : des quartiers monofonctionnels, des espaces ouverts et des zones vertes en quantité insuffisante et des infrastructures sociales manquantes. Pendant le confinement, de nombreux environnements résidentiels ne fonctionnaient pas de façon adéquate. De même, les étés de chaleur extrême de ces dernières années nous ont montré l’urgence d’un aménagement urbain adapté au climat. Ces constats doivent être mieux intégrés dans la planification politique, spatiale et sociale à tous les niveaux : Confédération, cantons, villes et communes.
Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons façonner nos villes, étape par étape, de façon inclusive, sûre, résiliente et durable. La résilience est le mot-clé ; et se trouve au centre de l’objectif 11 de l’Agenda 2030, auquel la Suisse participe.
Nous sommes sur la bonne voie lorsque nous alignons nos instruments de manière conséquente pour créer de bonnes bases en vue de la coexistence des générations à venir dans des espaces métropolitains en croissance. Les expériences de processus de transformation urbaine réussis le montrent clairement : aucune actrice, aucun acteur et aucune organisation ne peut accomplir seul/e cette tâche complexe. Malgré la diversité des contextes, la coopération et une planification apprenante restent la voie déterminante pour des quartiers vivants, justes et durables.
Ce n’est qu’alors que naîtront les villes résilientes dans lesquelles nous aimerons vivre.
Texte Marie Glaser, Cheffe de secteur – Questions fondamentales Logement et Immobilier Office fédéral du logement OFL
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