écrans: un encadrement basé sur le dialogue
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Écrans: un encadrement basé sur le dialogue

01.10.2026
par Océane Ilunga

Smartphone, jeux vidéo, réseaux sociaux, intelligence artificielle… Le numérique occupe une place croissante dans la vie des enfants. Pour les parents, trouver le juste équilibre relève parfois du casse-tête. Pour Marion Monnet-Schild, directrice de Declick, la solution passe moins par le chronomètre que par le dialogue et un cadre familial cohérent.

Marion Monnet-Schild
Directrice de Declick

Marion Monnet-Schild, concrètement, comment Declick accompagne-t-elle les familles?

Declick intervient principalement dans les écoles, de la 5H au secondaire II, et propose aussi des conférences, des rendez-vous pour les parents et une permanence gratuite et anonyme. L’association forme également les professionnels qui entourent les familles et met à disposition des ressources gratuites. Ses outils de prévention se veulent interactifs : ateliers sans écrans, application sur tablette ou encore jeu de société selon l’âge des enfants et les thèmes abordés.

Quelles questions reviennent le plus souvent chez les parents?

La première, c’est clairement le temps d’écran: «Combien de temps? Quelles limites?» Viennent ensuite les contenus choquants, les contrôles parentaux et les effets du numérique sur la santé. Chez les adolescents, les parents s’inquiètent aussi du jeune qui ne sort plus de sa chambre ou semble devenir difficile à atteindre. L’intelligence artificielle soulève enfin de nouvelles questions, notamment autour des devoirs et de la santé mentale.

Existe-t-il un temps d’écran idéal?

Pas vraiment. Chez Declick, nous préférons ne pas nous focaliser uniquement sur le chronomètre: il faut surtout regarder ce que fait l’enfant. Trente minutes à écouter un podcast, ce n’est pas la même chose que trente minutes à scroller sans fin. Le contenu et l’usage comptent. Pour les tout-petits, en revanche, la recommandation est claire: avant trois ans, le moins d’écran possible. L’enfant a besoin d’apprendre en utilisant ses 5 sens et en interaction avec son entourage.

Quels signes doivent alerter?

Il faut observer les changements au quotidien: sommeil qui se dégrade, chute des résultats scolaires, abandon d’activités, retrait des amis «hors ligne», irritabilité ou mensonges sur le temps passé connecté. Mais il faut éviter de tirer des conclusions trop vite. Un adolescent qui se replie peut aussi être confronté à du cyberharcèlement. Plutôt que de confisquer immédiatement le téléphone, mieux vaut demander: «J’ai remarqué que tu passes beaucoup plus de temps sur ton téléphone. Est-ce qu’il se passe quelque chose?» Le lien de confiance est notre principal outil de prévention.

Comment poser des règles sans multiplier les conflits?

Nous conseillons peu de règles, mais des règles que l’on tient. Il est souvent plus simple de fixer des règles de lieux et de moments: pas de téléphone pendant les repas, par exemple, idéalement pour les parents aussi. Les règles doivent être co-construites en famille et renégociées avec le temps. Un enfant de 6 ans n’a pas les mêmes besoins qu’un adolescent de 15 ans.

Quel rôle les parents jouent-ils eux-mêmes?


Un rôle important. Chez les tout-petits, les micro-interruptions provoquées par le téléphone, ce que l’on appelle la « technoférence parentale », peuvent perturber les interactions avec l’enfant. Mettre son téléphone de côté lors des moments partagés peut donc faire partie du cadre familial.

Autre point d’attention : le « sharenting », c’est-à-dire le fait de publier des photos ou des vidéos de son enfant sur les réseaux sociaux. Ces publications peuvent porter atteinte à son droit à l’image et à sa vie privée, mais aussi exposer les contenus à des réutilisations malveillantes, notamment par des pédocriminels.

Comment parler des risques sans faire peur?

En partant de leur réalité. «Que ferais-tu si quelqu’un te demandait ton adresse en jouant en ligne?» Ces conversations peuvent être courtes et régulières. Surtout, l’enfant doit savoir qu’en cas de problème, contenu choquant, erreur ou photo partagée à tort, il peut venir en parler sans craindre immédiatement une confiscation ou une colère.

Quelle idée reçue faut-il déconstruire?

Celle selon laquelle les écrans seraient systématiquement la cause de tous les problèmes. Ils peuvent aussi amplifier ou masquer des difficultés préexistantes. Il faut donc rester prudent avec  les résultats des études scientifiques et leur interprétation. Autre idée reçue : les enfants seraient des « digital natives » et donc par essence compétents en ce qui concerne les outils numériques. Ils y ont davantage accès mais cela ne veut pas dire qu’ils les maîtrisent. Et les parents n’ont pas besoin d’être experts pour s’y intéresser !

Quels sont vos trois conseils aux familles?

S’intéresser avant d’interdire. Poser un cadre plutôt qu’un chronomètre. Et être cohérent: montrer plutôt qu’expliquer. L’exemplarité ne signifie pas être parfait, mais essayer d’appliquer à soi-même les principes que l’on transmet.

Un grand projet en cours ?

L’association prépare actuellement une plateforme destinée aux parents, qui doit voir le jour en avril 2027. Elle proposera de courts parcours de formation de 10 à 15 minutes, adaptés à l’âge des enfants et aux thématiques choisies. L’objectif est notamment de toucher les parents qui ne peuvent pas assister aux conférences.

Les 10 ans de Declick

Le 13 novembre prochain, Declick fêtera ses dix ans. Au programme : conférences pour les professionnels et parents dans une ambiance conviviale. Dix ans après ses débuts sous le nom d’Hall of Games, l’association poursuit les mêmes missions : aider toutes les générations à trouver un équilibre au sein d’un monde connecté et (r)établir le dialogue au sein des familles.

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