l’eau, l’oubliée de la ville de demain
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L’eau, l’oubliée de la ville de demain

09.07.2026
par SMA

Une tribune par Guillaume Germain, Président d’Odalie.

Guillaume GermainPrésident, Odalie (Groupe Saur)

Guillaume Germain
Président, Odalie (Groupe Saur)

On parle beaucoup de la ville de demain. De ses mobilités douces, de ses bâtiments bas-carbone,
de ses espaces verts. Mais il manque un sujet dans ce tableau : l’eau. Pas l’eau comme ressource abstraite, mais l’eau comme infrastructure vivante, intégrée dès la conception de chaque bâtiment, de chaque quartier, de chaque îlot. Car l’eau joue un rôle décisif dans la résilience urbaine.

Une ville qui se noie dans son propre béton

Bétonner nos villes et imperméabiliser les sols, c’est condamner la ville à subir ce qu’elle aurait pu absorber. Quand il pleut, l’eau ne s’infiltre plus : elle ruisselle, sature les réseaux d’assainissement et repart aux égouts sans avoir rechargé la moindre nappe. Quand il fait chaud, le béton stocke la chaleur la journée et la restitue la nuit, transformant les villes en fours à ciel ouvert. Les îlots de chaleur urbains ne sont pas une fatalité climatique : ils sont le résultat direct de choix d’aménagement.

La réponse évidente ? Végétaliser. Des arbres, des jardins, des toitures vertes. Sauf qu’un arbre qui ne boit pas meurt. Et à chaque épisode de sécheresse, les restrictions d’arrosage frappent d’abord les espaces verts. On plante d’un côté, on laisse dépérir de l’autre. On arrive à un non-sens : sacrifier les espaces verts précisément quand ils nous sont le plus utiles.

Les eaux grises, une mine d’eau à chaque étage

Dans chaque immeuble, environ 60 % des eaux usées produites sont des eaux grises : celles qui sortent des douches, des lavabos et des cuisines. Elles ne sont pas contaminées. Elles sont simplement envoyées aux égouts, traitées à grands coûts et perdues. Traitées et recyclées sur place, ces eaux permettent d’alimenter les chasses d’eau, d’arroser les espaces verts ou d’alimenter les lave-linge, réduisant jusqu’à 50 % la consommation d’eau potable d’un bâtiment.

C’est là que le cercle se referme : avec des eaux grises recyclées, on peut arroser les arbres en pleine canicule sans puiser dans les réserves d’eau potable. On peut maintenir les îlots de fraîcheur précisément quand ils sont vitaux. La végétalisation cesse d’être un idéal inatteignable pour devenir une solution fiable. Les villes peuvent être belles, fraîches et résilientes à condition qu’on leur donne de quoi s’entretenir.

« La ville de demain intégrera la gestion de l’eau, ou elle ne sera pas durable»

À chaque acteur, son levier

Ce chantier ne se fera pas seul. Et il n’attend pas un seul décideur.

Élus, vous avez le pouvoir d’accélérer les choses à la racine : dans les permis de construire et les PLU. En rendant obligatoire l’intégration d’un système de réutilisation des eaux grises dans les nouvelles constructions, vous créez les conditions d’une dynamique positive. Et pour les projets où ce n’est pas encore possible, exiger a minima la séparation des réseaux, c’est déjà ouvrir la porte à l’avenir. Barcelone l’a fait. D’autres villes européennes suivent. Chaque année sans exigence réglementaire, c’est une génération de bâtiments de plus qui ne pourra pas évoluer pendant cinquante ans.

Promoteurs, votre fenêtre d’action, c’est dès la conception. Le premier niveau d’ambition : intégrer directement une solution de réutilisation des eaux grises dans votre projet. C’est une contribution immédiate à la performance environnementale du bâtiment, et un argument qui se valorise auprès de vos acheteurs. Le deuxième niveau, si le premier n’est pas possible : penser les canalisations pour qu’elles puissent en accueillir une dans le futur. Ce surcoût est minime à la conception. Ne pas le faire, en revanche, ferme la porte pour des décennies. Un bâtiment livré aujourd’hui avec un réseau traditionnel ne pourra pas traiter ses eaux grises demain, sauf travaux lourds. Un bâtiment livré avec les canalisations adaptées pourra être équipé à tout moment, même si la solution n’est pas installée dès le premier jour.

Bureaux d’études, architectes, c’est dans vos prescriptions que tout se joue. Une intention environnementale sans les bons réseaux dans les plans, ça reste une intention. La montée en compétences sur la gestion de l’eau n’est plus un bonus : c’est ce qui fait la différence entre un bâtiment qui tient ses promesses et un bâtiment qui les affiche.

L’eau n’est pas un sujet de confort

La ville de demain intégrera la gestion de l’eau, ou elle ne sera pas durable. Sobre, vivante et esthétique, avec des arbres qui tiennent l’été, des sols qui respirent, des bâtiments qui ne gaspillent pas ce qu’ils produisent. Ce n’est pas une vision : c’est un choix d’ingénierie.

Et il se prend maintenant, dans les permis, les programmes et les cahiers des charges.

Texte Guillaume Germain, Président d’Odalie

Plus d’informations sur
www.odalie.eu

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