À la tête d’atokalpa depuis 2015, Sébastien Jeanneret raconte la montée en puissance d’une société jurassienne devenue un acteur reconnu de l’horlogerie de précision. À l’occasion des 25 ans de la société, il revient aussi sur l’un des enjeux actuels de la structure : le développement du spiral paramagnétique, un composant rare et stratégique. Implantée sur deux sites de production à Belprahon et à Alle, atokalpa conçoit et fabrique des composants essentiels au bon fonctionnement des montres, du spiral aux rouages, en passant par les oscillateurs et la visserie spécialisée. Intégrée au pôle horloger de la Fondation de la Famille Sandoz, l’entreprise s’appuie sur un savoir-faire rare et figure parmi les sociétés suisses capables de maîtriser l’intégralité de la fabrication de l’organe réglant.

Sébastien Jeanneret
Directeur Général
Sébastien Jeanneret, le spiral paramagnétique semble ouvrir une nouvelle phase pour atokalpa. En quoi ce développement est-il important ?
Il répond à une problématique technique majeure. L’horlogerie mécanique reste très sensible aux perturbations liées aux champs magnétiques, et le spiral fait partie des composants les plus exposés. Depuis trois à cinq ans, nous avons donc développé un nouveau matériau que nous intégrons dans ce composant stratégique pour nos clients. L’innovation ne s’arrête pas au seul spiral : les autres composants de l’oscillateur, eux aussi sensibles aux champs magnétiques, font également partie de cette réflexion, avec l’objectif de proposer à terme un ensemble complet et cohérent. Nous sortons désormais de la phase de mise au point et nous entrons dans celle des préséries et des premières séries.
Au-delà du spiral paramagnétique, qu’est-ce que ce projet dit de l’évolution d’atokalpa ces dernières années ?
Il montre qu’atokalpa n’est plus seulement un fabricant. Pendant longtemps, l’entreprise était surtout structurée autour des méthodes et de la production. Depuis quelques années, elle a renforcé cette dimension avec la mise en place d’un département R&I, mais aussi avec le développement des activités de conception et d’analyse. Aujourd’hui, cette évolution permet à l’entreprise d’intervenir plus largement dans le développement de fonctions horlogères pour ses clients, avant leur industrialisation et leur production.
Concrètement, quel est aujourd’hui le cœur de métier d’atokalpa ?
atokalpa est particulièrement reconnue pour la fabrication de l’organe réglant, et plus précisément du spiral. C’est une spécialité rare dans l’industrie horlogère, car peu d’entreprises disposent de l’expertise nécessaire pour produire un composant aussi déterminant pour la précision d’une montre. Mais l’activité ne se limite pas à ce domaine. Elle intervient également sur différents types de fonctions dans les mouvements horlogers, comme des systèmes inverseurs, des systèmes d’embrayage ou encore l’oscillateur avec le balancier-spiral, et accompagne ses clients depuis le développement jusqu à la production en série en passant par l’industrialisation.
atokalpa fête cette année ses 25 ans. Que raconte cet anniversaire sur le parcours de l’entreprise ?
Il raconte une évolution progressive et saine. Le savoir-faire est resté central, mais l’entreprise a su intégrer de nouvelles compétences et faire évoluer ses métiers. Il existe aussi un équilibre important entre des collaborateurs présents depuis longtemps, qui apportent de la stabilité, et de nouveaux profils venus enrichir la société.
Quelles ont été les grandes étapes de cette évolution ?
Depuis l’intégration d’atokalpa dans le pôle horloger de la fondation, en 2001, nous avons connu trois grandes phases. La première, entre 2001 et 2007, a été celle du développement de l’oscillateur, avec un travail centré sur l’assortiment et le balancier-spiral classique. La deuxième a correspondu à une phase de production en petites séries pour les partenaires et actionnaires historiques, jusqu’en 2012 environ. La troisième phase a commencé il y a un peu plus de dix ans, avec l’ouverture à un portefeuille de clients plus large. Aujourd’hui, nous produisons environ 300 000 kits oscillateurs par an, contre 40 000 en 2012. Si l’entreprise comptait une quarantaine de personnes en 2001, elle en réunit désormais plus de 160 répartis sur les deux sites. Depuis cinq ans, une nouvelle étape s’est ajoutée à cette trajectoire avec l’accélération de la R&I et le développement de nouveaux produits.
Avec quels types d’acteurs travaillez-vous aujourd’hui ?
Nous travaillons avec la plupart des marques et des manufactures horlogères haut de gamme. Vaucher Manufacture, à Fleurier, constitue par exemple un partenaire important, notamment dans le développement du paramagnétique, dont il a été l’un des premiers utilisateurs. Plus largement, nous collaborons avec plus de 70 clients, réunissant autant les groupes horlogers que les marques indépendantes.
Cette montée en puissance s’est aussi appuyée sur des investissements importants. En quoi ont-ils changé l’entreprise ?
Ils ont profondément changé sa dimension. Il y a 25 ans, atokalpa était une structure plus modeste, avec des moyens plus limités. De gros investissements ont été réalisés au début des années 2000 pour développer l’oscillateur classique. Aujourd’hui, ces investissements ont été remboursés dans leur totalité. L’entreprise est autonome et finance ses nouveaux investissements par son activité courante. Elle dispose d’un parc machine à la pointe de la technologie, qui impressionne souvent les visiteurs qui découvrent nos sites.
Quels sont désormais les principaux enjeux pour les années à venir ?
Le premier enjeu est de poursuivre l’innovation, notamment autour du paramagnétique, afin de continuer à faire évoluer nos produits et à rester à la pointe de la technologie. Le deuxième est commercial : il s’agit d’intégrer de nouveaux clients et d’étoffer notre portefeuille. Aujourd’hui, nous restons très focalisés sur l’horlogerie. Ce n’est pas notre objectif de nous diversifier à court terme, même si cela pourrait éventuellement devenir un sujet dans quelques années.
Interview Marc-Antoine Guet
Plus d’informations sur
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www.atokalpa.ch

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