Directeur général de la division Suisse de Sword Group, société spécialisée dans le conseil et le développement de services digitaux, Olivier Perrotey évolue depuis plus de vingt ans au cœur des transformations technologiques. Témoin de l’accélération actuelle liée à l’intelligence artificielle, il observe une mutation profonde des organisations, où les enjeux d’innovation se combinent désormais avec des impératifs de cybersécurité et de gouvernance des données.
Quel est votre parcours avant d’arriver à la tête de Sword Group Suisse ?
Je suis originaire du Sud-Ouest de la France. J’ai suivi mes études à Grenoble puis au Mexique avant de débuter ma carrière professionnelle à Paris et Madrid, où j’ai baigné dans un environnement international très stimulant. J’ai ensuite rejoint Genève dans le cadre de mes activités professionnelles, et j’ai eu un véritable coup de cœur pour la ville de Lausanne, pour son dynamisme et la qualité de vie qu’elle offre, j’y ai donc posé mes valises pour de bon ! J’ai travaillé à cette époque sur des projets d’innovation et de transformation digitale pour de grands opérateurs, ce qui m’a permis de me confronter très tôt aux enjeux de digitalisation des entreprises.
Avec mon épouse, nous avons ensuite fait le choix de partir une année autour du monde, avec un billet aller simple pour Jakarta. Cette expérience a été fondatrice, car elle m’a permis de prendre du recul et de développer une ouverture d’esprit mais aussi une vision entrepreneuriale.
À mon retour, j’ai rejoint le cabinet de conseil Simalaya convaincu par la vision portée par Taha Benmrad. Nous y avons lancé la start-up Tooxme, une plateforme de taxi à la demande en temps réel, précurseur des modèles actuels. Nous comptions environ 40 000 adhérents et avons été élus start-up de l’année par Swisscom. Malgré ce succès, nous avons dû arrêter l’activité, notamment pour des raisons liées aux évolutions réglementaires.
En 2015, Sword, déjà actionnaire, a racheté Simalaya. Cette intégration a permis de créer des synergies très fortes. Jacques Mottard, Président fondateur du Groupe, m’a alors confié la responsabilité de l’entité Développement qui s’est ensuite élargie, notamment aux sujets d’innovation en Suisse. Aujourd’hui, nous comptons près de 500 collaborateurs en Suisse, ainsi que des équipes à Lyon et Lisbonne, avec des expertises sectorielles fortes, notamment dans les domaines publics, bancaire ou encore sportif.
Comment l’IA transforme les besoins de vos clients ?
L’intelligence artificielle s’inscrit dans la continuité de la digitalisation, mais elle en accélère considérablement le rythme et la complexité. Dans la sphère privée, son utilisation est souvent intuitive et limitées aux actions de la vie quotidienne. En entreprise, la démarche est très différente. Chaque usage doit être justifié par des objectifs précis, notamment en termes de performance économique, de retour sur investissement ou d’efficacité opérationnelle. Le déploiement est également plus complexe, car il implique des enjeux de sécurité, de gouvernance et d’intégration dans des systèmes existants. Notre rôle, en tant que société de services, est d’accompagner les entreprises dans cette transition. Nous intervenons autant sur la définition des cas d’usage que sur leur mise en œuvre et leur sécurisation. Les entreprises ont besoin d’être guidées, car l’IA représente à la fois une opportunité considérable et un facteur de transformation très structurant. Elle remet en question les processus, les métiers et les organisations.
Quel est votre regard sur l’évolution actuelle de l’IA ?
On surestime souvent la rapidité de son déploiement, mais on sous-estime
son impact à long-terme… Aujourd’hui, son potentiel reste encore largement sous-exploité. Elle permet pourtant déjà de combler certains manques, notamment face à la pénurie d’expertise dans certains domaines. Elle donne accès à une quantité d’informations considérable, avec une capacité d’analyse et de restitution extrêmement rapide. Il y a aussi un aspect humain qui explique son succès. L’IA apporte une forme de disponibilité permanente, d’écoute et de réponse immédiate, ce qui crée un rapport différent à la technologie. Dans les entreprises, elle devient progressivement un véritable outil d’aide à la décision.Mais il est essentiel de rappeler que l’IA ne remplace pas la réflexion humaine. Elle l’accélère, elle l’enrichit, mais elle nécessite toujours un pilotage, une supervision et une vision stratégique. C’est précisément là que notre rôle de conseil prend tout son sens.
Quelles sont les principales cybermenaces liées à l’IA ?
La cybersécurité est aujourd’hui indissociable de la transformation digitale. La donnée est devenue l’actif le plus stratégique des entreprises. Elle est au cœur de tous les systèmes.
Notre rôle consiste à garantir que ces données soient collectées, traitées et utilisées de manière sécurisée, tout en respectant les réglementations locales et internationales. Nous proposons notamment des services de centres opérationnels de sécurité, qui permettent une surveillance continue des systèmes et une réaction rapide en cas de menace. Lorsque nous développons des logiciels, nous intégrons dès le départ ces enjeux de sécurité, notamment en veillant au respect des normes et des exigences des différents partenaires.Car la gouvernance des données est aujourd’hui un enjeu majeur.
Rôle pour l’humain face à l’IA ?
L’IA transforme les métiers, mais elle ne supprime pas le rôle de l’humain. Elle le déplace. Elle automatise certaines tâches, mais elle renforce le besoin de compétences stratégiques, notamment dans le pilotage, la supervision et la prise de décision. On voit de cette façon émerger de nouveaux métiers, liés à l’architecture des systèmes d’IA, à la gouvernance des données ou à leur contrôle. Les entreprises ont longtemps souffert d’un manque de ressources. L’IA permet de gagner en productivité, mais elle nécessite aussi de nouvelles compétences.
Quel sera l’impact majeur de l’IA ?
Nous assistons à une transformation structurelle majeure. Certaines entreprises utilisent déjà plusieurs agents IA, spécialisés dans différentes fonctions. Cela soulève de nouvelles problématiques, notamment en matière de coordination, de gouvernance et de contrôle. De nouveaux métiers émergent également, dédiés à la supervision et au pilotage de ces systèmes.
Nous veillons par ailleurs à identifier des start-up émergentes grâce à notre Startup Challenge, chaque année consacré à un secteur spécifique. L’an dernier, Deeplink a remporté le premier prix avec sa plateforme innovante intégrant l’intelligence artificielle. Cette année, le challenge mettra à l’honneur le secteur bancaire et la gestion de fortune, il sera ouvert à l’ensemble des start-up suisses et européennes.
L’IA remet aussi en valeur une dimension essentielle : l’intelligence opérationnelle. La technologie devient alors plus accessible voire une commodité. La différence se fait désormais dans la capacité à l’utiliser intelligemment. La véritable valeur réside dans l’humain, dans sa capacité à comprendre, à piloter et à donner du sens.

Laisser un commentaire