réinventer le futur : entre moteur universel et mosaïque géopolitique
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Éditoriaux Innovation

Réinventer le futur : entre moteur universel et mosaïque géopolitique

25.02.2026
par SMA
Antonio Gambardella, Directeur de FONGIT Fondation Genevoise pour l’Innovation Technologique

Antonio Gambardella
Directeur de FONGIT Fondation Genevoise pour l’Innovation Technologique

À l’heure des grandes mutations contemporaines, l’innovation ne peut plus être pensée comme un champ autonome, hors sol, propulsé par une neutralité bienveillante et indépendante. Elle est, au contraire, un acteur à part entière du monde qu’elle prétend transformer, et parfois elle en devient le théâtre même des tensions.

L’intelligence artificielle (IA) en est l’illustration la plus spectaculaire. Bien plus qu’une simple infrastructure logicielle, elle agit comme un accélérateur de particules pour notre société. En quelques mois, elle est devenue la couche transversale et structurante capable d’irriguer aussi bien la recherche médicale que l’astrophysique ou la transition énergétique. À travers elle, on observe une accélération spectaculaire dans les domaines les plus variés. L’IA n’est plus un simple outil : elle est désormais le tissu conjonctif de toute l’innovation.

Car derrière cette puissance se jouent les plus grands enjeux de notre temps : climat, énergie, alimentation, santé, éducation. L’IA, si elle est pensée comme un bien commun, peut devenir un levier décisif face à ces défis systémiques. Elle promet non seulement d’accélérer la recherche, mais aussi d’en élargir le champ, en rendant l’innovation plus rapide, plus ciblée et peut-être plus juste.

Or, cette accélération pose une question fondamentale : pour qui, et selon quelles valeurs, est-elle opérée ? Car l’innovation technologique, globalisée par nature, se territorialise à nouveau. Elle épouse les contours d’un monde fragmenté, en quête de nouveaux équilibres et d’un nouvel ordre, où les blocs géopolitiques, États-Unis, Europe, Chine, mais aussi demain d’autres puissances émergentes, construisent leurs propres « stacks » souverains, leurs propres écosystèmes, infrastructures, régulations et visions du progrès, fondés sur leurs propres valeurs.

Derrière les apparents consensus technologiques se dessine en réalité une nouvelle divergence. Même l’IA, censée être une plateforme universelle, est aujourd’hui soumise à des dynamiques concurrentes. Il y a une course aux puces, une course aux modèles, une course aux normes. Les futurs systèmes de communication, d’analyse ou de traitement des données porteront la marque de leur origine politique et idéologique autant que celle de leur avancée scientifique.

Peut-être que l’innovation la plus radicale ne réside pas dans une technologie à venir, mais dans notre capacité à reconsidérer l’humain comme acteur central de cette mutation. À redonner du sens à la question du pourquoi, au-delà du comment. Car accélérer sans direction revient à se perdre plus vite.

Inventer demain, c’est donc accepter de conjuguer puissance et conscience. C’est explorer les frontières extrêmes de la connaissance sans oublier que la plus grande des innovations reste de réinventer ce que signifie être humain dans un monde façonné par nos propres créations.

Texte Antonio Gambardella, Directeur de FONGIT Fondation Genevoise pour l’Innovation Technologique

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