Entre ville et campagne : construire le lien social
Lorsque la famille s’agrandit, la question du cadre de vie dans lequel on souhaite évoluer et faire grandir ses enfants se pose. Tandis que certains préfèrent la proximité de la ville, quitte à rester en location, d’autres privilégient le calme et l’espace des zones rurales. Si les quotidiens dans ces environnements sont différents, ils présentent tous deux des avantages et, finalement, une même vision du vivre-ensemble.
Dans la fable de Jean de la Fontaine, « Le Rat de ville et le Rat des champs », le premier invite le deuxième à manger chez lui. Le festin est gourmand et raffiné, mais les deux rats sont interrompus par du bruit, synonyme de danger. Lassé et effrayé, le rat des champs décide de rentrer chez lui, au calme. La morale ? Mieux vaut préférer une vie simple et tranquille au tumulte de la ville.
Si cette fable a été écrite dans un contexte particulier et constitue avant tout une critique de la vie mondaine, elle illustre toutefois très bien l’opposition souvent faite entre ville et campagne.
Ville et campagne, deux univers qui, chacun, portent leur lot de préjugés. La ville est considérée comme un endroit pollué, bruyant, impersonnel et matérialiste. La campagne, à l’inverse, est associée à la tranquillité, à la nature, à la sérénité. La campagne est encore l’héritière des traditions, celles des fêtes de village, des habitants qui se connaissent tous entre eux et des vieilles maisons. Mais la campagne, c’est aussi les jeunes qui désertent en raison du manque d’opportunités professionnelles et d’une offre de services réduite. Ces clichés sont réducteurs. Cependant, ils mettent en lumière certaines des dynamiques en jeu et montrent ce qui vaut d’être amélioré.
Team campagne ou team ville
La campagne est souvent considérée comme le lieu familial par excellence. Les prix de l’immobilier y sont souvent moins élevés, et les maisons spacieuses avec jardins sont plus accessibles. C’est pourquoi de nombreuses familles décident de s’y installer. Cette tendance a d’autant plus été accentuée par la pandémie de Covid-19. Que ce soit en Suisse ou dans d’autres pays européens, le fait d’être confiné a donné des envies de vert à certains citadins. Grâce au développement du télétravail, il est à présent plus facile d’habiter à la campagne tout en gardant son emploi en ville.
À la campagne, les enfants profitent de grands espaces de plein air dans lesquels jouer et découvrir la nature : balades à vélo, création d’hôtels à insectes, football dans l’herbe, balançoire… Les activités ne manquent pas. En outre, la densité y est plus faible, ce qui crée un sentiment de proximité entre les habitants et renforce le lien communautaire.
Habiter loin des grands centres, c’est ce qui plaît. Cependant, cet éloignement signifie des temps de déplacement plus longs. Les villes concentrent encore les commerces et les services. De plus, les villages et petites villes ne disposent pas des mêmes offres de transports en commun que les grands centres urbains, ce qui crée une dépendance à la voiture.
Autre point négatif, les activités sont moins nombreuses en zone rurale. Cela peut constituer un frein à son installation dans un village, surtout si l’on a des enfants.
En ville, à l’inverse, la proximité des commerces et des services facilite le quotidien. Les différents types de transports publics et leur fréquence permettent de se déplacer rapidement et de façon plus autonome, particulièrement pour les adolescents et les jeunes adultes qui n’ont ni permis de conduire ni voiture. De plus, la présence d’un plus grand nombre d’habitants, issus d’origines et de milieux sociaux différents, favorise la mixité sociale et les rencontres.
En zone urbaine cependant, les logements sont plus chers et souvent plus petits. La pollution, le rythme de vie plus soutenu, le bruit, etc., sont autant d’aspects qui peuvent rebuter les familles.
Des espaces de plus en plus imbriqués
Les agglomérations sont encore les lieux d’habitations les plus privilégiés. Selon l’annuaire « Statistiques des villes suisses 2021 », publié en 2021 par l’Union des villes suisses et l’Office fédéral de la statistique, les trois quarts de la population de la Suisse habitent dans des zones urbaines. Cette répartition n’est pas unique à la Suisse. Elle est le résultat de l’exode rural, un phénomène qui a débuté en Europe avec la révolution industrielle et qui s’est accentué tout au long du XIXème siècle.
Face à l’afflux de population, les villes se sont agrandies et étalées. Elles ont parfois absorbé des villages alentours, c’est pourquoi on parle aujourd’hui de zones urbaines, par opposition aux zones rurales. Une zone urbaine comprend la ville, le centre urbain principal, et sa banlieue.
L’opposition entre ville et campagne n’est donc finalement plus si radicale, notamment grâce à l’augmentation des possibilités de mobilité. Les villages se rapprochent des centres urbains, et inversement.
Des visions de vie communes
On remarque également que, en ville ou à la campagne, les mêmes dynamiques sont à l’œuvre, brouillant un peu plus les frontières entre rural et urbain et déconstruisant peu à peu la vieille opposition entre ces deux espaces.
Les villes se verdissent. Les quartiers de proximité, qui regroupent des logements, des services, des commerces, et un riche tissu associatif et sportif, se développent, améliorant ainsi la qualité de vie des citadins, bien loin des clichés de la ville industrielle. Les villages et les zones rurales se transforment eux aussi. Face à l’afflux de population, le tissu social, économique et culturel évolue : nouvelles constructions, plus grande proximité avec les centres, infrastructures innovantes… L’important est de créer des espaces où il fait bon vivre. Ce que l’on observe en effet, c’est un intérêt croissant des habitants pour la proximité, la communauté et le vivre ensemble. Et cela qu’ils habitent en ville ou à la campagne.
Le SAB, Groupement suisse pour les régions de montagne, a organisé l’année dernière une journée d’étude sur le thème « Le dialogue en ville-campagne ». Le but de cette journée était de discuter du fossé entre la campagne et la ville, et de comprendre comment il peut être surmonté. Les conclusions montrent qu’éliminer les idées fausses sur ces deux espaces passe par une meilleure coopération entre les villes, les régions de montagne et les espaces ruraux.
Encourager la coopération et renforcer le dialogue passe par des décisions politiques. C’est pourquoi la Confédération, les cantons et les communes ont mis en place il y a dix ans un Projet de territoire Suisse, qui est actuellement en révision. Un des enjeux pris en compte dans cette révision est la cohésion territoriale. Il s’agit de maintenir un développement équilibré entre zones urbaines, rurales et de montagne, tout en garantissant la qualité de vie dans tous les espaces.
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