Les gestes d’aujourd’hui, l’héritage de demain

Maddalena di Meo
Administratrice de Firstmed SA Conférencière et mentor
Alors que l’IA redéfinit les usages professionnels, Maddalena di Meo remet l’humain au centre de la formation. Son approche, portée par Firstmed, questionne : que restera-t-il demain, si ce n’est notre capacité à transmettre ce qui ne s’automatise pas ?
On l’imagine souvent technique, normée, presque mécanique. Pourtant, la formation aux gestes qui sauvent raconte d’abord une histoire profondément humaine : celle de personnes qui apprennent à prendre soin les unes des autres. À la tête de Firstmed, école de premiers secours fondée en 2003, Maddalena di Meo défend une approche de la transmission qui dépasse largement la simple acquisition de compétences pratiques. Elle parle de confiance, d’intuition, d’erreurs formatrices, et d’un héritage collectif qu’aucune technologie ne pourra remplacer.
« L’IA ne se trompe pas. Moi, si », glisse-t-elle, sans détour. « Et c’est en se trompant qu’on apprend, qu’on devient plus sûr de soi, qu’on progresse. L’erreur fait partie intégrante de l’apprentissage humain. »
Ce contraste entre perfection algorithmique et apprentissage vivant constitue pour elle un rappel essentiel : la formation n’est pas un téléchargement de savoir, mais une expérience où l’on ose, on doute, on recommence. Et dans le domaine des premiers secours, cette dimension est fondamentale.
Former, c’est transformer
Depuis sa création, Firstmed s’est donné pour mission de rendre chaque individu capable d’agir en situation d’urgence. Une ambition simple en apparence, mais qui implique un travail en profondeur : celui d’accompagner des citoyens, souvent anxieux à l’idée de « mal faire », vers la confiance nécessaire pour intervenir au bon moment. « On n’enseigne pas seulement des gestes. On forme des personnes », résume Maddalena. Dans cette logique, la pédagogie ne se limite pas à des protocoles : elle repose sur l’écoute, la bienveillance et la capacité à créer un cadre où chacun se sent autorisé à essayer. Les compétences prennent racine quand l’environnement est sécurisant et respectueux. C’est là que, selon elle, se construit ce qui restera, le véritable legacy : des individus qui se sentent responsables les uns des autres.
Réhabiliter les compétences invisibles
À rebours des formations orientées performance ou certification, elle défend une approche qui redonne toute sa place aux compétences « invisibles » : l’intelligence émotionnelle, l’attention à l’autre, la curiosité, le discernement. « La qualité d’un collectif repose sur des choses qu’on ne mesure pas : la manière de se parler, de se soutenir, de coopérer », explique-t-elle. « On ne devrait pas former pour performer, mais pour grandir ensemble. »
Ce discours trouve un écho particulier à l’heure où l’IA promet d’automatiser toujours plus de tâches. Pour Maddalena, cette automatisation doit au contraire nous pousser à cultiver ce qui fait notre singularité : la capacité à ressentir, improviser, accueillir l’imprévu.
Apprendre tôt, apprendre autrement
C’est aussi cette vision qu’elle transmet à travers son livre 144, Il faut sauver Grand-Maman, un ouvrage ludo-pédagogique destiné aux enfants, pensé comme un véritable outil de sensibilisation. Porté par la voix tendre d’Henri Dès, ce livre devient un pont entre générations. En racontant l’histoire d’un sauvetage familial, Maddalena ouvre un espace de dialogue autour de sujets parfois anxiogènes : la réanimation, la responsabilité, la capacité d’agir.
Avec un ton ludique et rassurant, elle invite les plus jeunes à découvrir l’importance des gestes qui comptent – ceux qui peuvent un jour faire la différence. « Les enfants n’ont pas peur de se tromper », rappelle-t-elle. « Ils apprennent en expérimentant, avec tous leurs sens, dans le mouvement, dans le jeu. C’est pour ça que la formation précoce est si précieuse : elle ancre la confiance dès les premières expériences. »
Un leadership fondé sur la transmission
Ce rapport à la pédagogie ne s’arrête pas aux salles de formation. Il irrigue également sa manière de diriger Firstmed. Maddalena parle souvent de leadership comme d’un prolongement naturel de la formation : montrer la voie, donner du sens, encourager, créer les conditions de l’épanouissement professionnel. « Diriger, ce n’est pas tenir les rênes serrées, dit-elle. C’est donner à chacun·e la place de contribuer pleinement. »
Cette posture, elle la met aussi en œuvre en tant que mentor, notamment au sein de Pulse Incubateur HES ou à travers les programmes d’accompagnement de femmes entrepreneures. Là aussi, il s’agit moins de transmettre des recettes toutes faites que d’ouvrir un espace de confiance, de poser des questions, d’écouter, d’éclairer un chemin.
Pour elle, la transmission est une forme de leadership. Une manière de faire grandir les autres. Et d’assurer la continuité d’une culture, d’un savoir-faire et d’une exigence profondément humaine.
Le legacy : ce qu’il reste de nous dans nos actions
Lorsqu’on lui parle d’héritage, elle ne parle ni de stratégie, ni de croissance, ni de chiffres.Elle pense aux personnes formées, aux enfants sensibilisés, aux femmes accompagnées.Celles et ceux qui, un jour, ont osé parce qu’on leur a transmis la confiance d’agir. « Ce que je souhaite qu’il reste de moi, ce sont mes actions. Les gestes transmis, les conversations qui ouvrent, les élans partagés.Tout ce qui, un jour, pourra aider quelqu’un à faire la différence. »
À l’heure où l’IA bouleverse les usages, Maddalena di Meo rappelle que la valeur la plus durable n’est ni automatisable, ni téléchargeable.Elle défend un autre type de savoir : celui qui se construit dans la relation, la confiance, l’expérience. Qui ne s’apprend pas seul face à un écran.Mais qui se transmet. Un geste après l’autre.
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