Interview par Alix Senault

Nikos Aliagas, l’art de vivre en grand !

Entre photographie et expériences de vie, le journaliste nous dévoile son univers riche et profondément humain.

Star incontestée de la télévision, présentateur, journaliste, acteur, chanteur et photographe, Nikos Aliagas est une véritable force de la nature. Bourreau de travail mais aussi homme de culture, il mène de front sa vie professionnelle et familiale avec engagement. Polyglotte passionné, il a interviewé les plus grands et anime aujourd’hui la Star Academy pour sa douzième saison. Rencontre avec un cinquantenaire libre et serein qui partage les secrets de son énergie et de sa bonne humeur communicative.

Vous avez depuis toujours cette énergie en vous. D’où vient-elle ?

Je crois que le temps m’a appris quelque chose d’assez évident : qu’il passe beaucoup plus vite qu’on ne le pense. Notre capacité, c’est d’apprécier le voyage, l’énergie du voyage. J’ai eu cette clairvoyance assez tôt, comme une envie de vivre pleinement chaque instant, en essayant de ne pas me brûler les ailes.

Je me considère comme un épicurien, mais pas au sens où tout le monde l’entend : plutôt dans son sens étymologique premier. Dans l’antiquité Épicure recherchait l’ataraxia, ce qui signifie l’absence de trouble. Préserver le moment présent, sans que rien ne puisse nous troubler. J’ai appris aussi à m’émerveiller, à m’enthousiasmer de tout. En grec ancien, enthousiasmos signifie « être inspiré par le divin », vivre le moment comme s’il était précieux.

Vous avez, depuis le début de votre carrière, travaillé comme journaliste à la télévision ainsi qu’à la radio. Que vous ont apporté ces différentes expériences ?

La télé et la radio sont des exercices difficiles, on peut vite tomber dans une caricature de soi-même. La personne interviewée n’est pas un décor ni un prétexte, c’est une manière de se projeter et d’apprendre. Au début, on commet des erreurs, mais on apprend et on emmagasine. Dans mon émission de radio Sortez du cadre, sur Europe 1, j’invitais les auditeurs à se plonger dans l’intime de mes invités, à sortir d’une lecture de façade.

J’ai énormément appris par la pratique. Lors des échanges, j’essaie de me connecter à l’autre, sans être bienveillant ni complaisant. Ce qui m’intéresse, c’est ressentir la vérité de l’autre : apprendre de chaque expérience et de chaque rencontre. Quand je m’entretien avec des stars, j’aime aller plus loin que les simples questions d’usage ou d’actualité. J’aime bien au-delà du paraitre essayer de découvrir ce qu’il y a à l’intérieur. Les paroles et les conseils de Charles Aznavour, que j’ai bien connu, m’ont souvent nourri : il n’était dupe de rien mais il rêvait jusqu’au bout, il avait la bonne distance avec sa vie d’artiste.

Comment avez-vous découvert la photographie, et comment cet art est-il devenu une passion pour vous ?

La photo est entrée dans ma vie dès l’enfance. La photographie c’est une lecture du paradoxe du temps : la relation à la temporalité et à la finitude. La photo est un antidote au bruit, au périssable. Elle ne fige pas : elle permet de reconnaitre plus que de capturer un moment. C’est un voyage intime dans le temps. René Char disait : « Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière. » La lumière, le mystère, la mer… La photo m’a ouvert un champ des possibles et une autre manière de voir le monde. J’ai travaillé en argentique mais surtout en numérique aujourd’hui, avec un reflex Canon et principalement un 50 mm. J’expérimente beaucoup, c’est le secret pour évoluer.

Je n’aime pas me projeter. Ce qui m’appartient, c’est de garder ma curiosité, de rester fidèle à un mouvement intérieur.

Quelle place tient votre famille dans votre vie ?

Au départ, c’est uniquement ta personne. Puis tu coupes le cordon, tu deviens père, et tu te rends compte que tout ton monde change. Être père, c’est réorganiser le sens de ta vie.

En grec, Hestia est la déesse du foyer : ce feu au centre d’une maison qui sert à tout dépasse le travail, le masque social, les loisirs. La table qu’on partage, c’est le même foyer qu’hier et que demain. Nos enfants ont cette force de nous élèver autant que nous essayons de le faire avec eux. À travers leur regard, ils réinitialisent le monde. Ils sont mon centre. Les enfants me maintiennent dans une forme d’équilibre et de quête de sens.

Quels sont vos secrets pour mener de front une vie professionnelle et familiale équilibrée ?

Il n’y a pas de secret, seulement des choix. Je priorise toujours ma famille, même si je travaille beaucoup. J’ai beaucoup appris du temps passé avec eux. Je travaille le week-end, alors parfois ils viennent me voir : cela leur inculque des valeurs comme celle du travail. J’aime l’idée qu’ils comprennent comment mon métier fonctionne et ce qu’il coûte. Le vrai secret, s’il y en a un, c’est le dialogue.

Nikos Aliagas, star incontestée de la télévision, présentateur, journaliste, acteur, chanteur et photographe

© Stéphane Danger

Vous avez mené de nombreuses interviews de personnalités publiques durant votre carrière. Comment prépare-t-on de tels événements ?

Il faut beaucoup travailler en amont, et n’utiliser que 10 % de ce qu’on a préparé devant l’autre. Conserver son instinct, c’est essentiel. Il faut être cohérent : ne pas lire ses fiches, cacher le fait qu’on a beaucoup travaillé, rebondir tranquillement.

Interviewer Marine de la Star Academy, Brad Pitt, ou Pierre Soulages, pour moi, c’est la même chose. On ne peut pas penser à la place des personnes que l’on interroge et c’est bien là toute la difficulté de l’exercice. Je crois beaucoup plus en l’être humain qu’à sa représentation.

Avez-vous mis en place des rituels ou habitudes santé qui vous permettent de préserver votre énergie et votre bien-être au fil des années ?

J’ai un super ostéopathe, Alex, qui m’entretient avant les primes, cela me procure beaucoup de bien-être et cela m’aide à tenir le rythme. Je fais aussi de l’acupuncture.

Je nage également deux à trois fois par semaine, et en mer, quand je le peux. Je mange et je cuisine méditerranéen : des légumes du soleil, des légumineuses arrosés de beaucoup d’huile d’olive ! J’évite les excès en tout genre bien évidemment, après 50 ans on en paye vite le prix fort ! 

Quand je travaille, je pars pour six heures de prime en continu, c’est très intense et éprouvant physiquement. Je suis contraint de faire attention et comme me le disait l’entraineur Didier Deschamps : « On ne peut plus improviser dans le haut niveau. »

Je fais aussi beaucoup de siestes : comme je ne suis pas un gros dormeur, cela me régénère et relance l’algorithme.

Avec le recul et l’expérience, quelle est votre vision du « bien-vivre » aujourd’hui, et quels conseils donneriez-vous aux lecteurs pour cultiver optimisme et sérénité ?

Il faut travailler son intérieur. Cultiver son jardin, garder son espace intérieur. Ce n’est pas un optimisme naïf, mais une sorte de discipline de l’âme. Nous sommes tous obligés, à un certain moment de nos vies, d’effectuer ce travail introspectif. Il ne faut pas craindre d’oser, de tenter des choses, de suivre ses rêves, même si cela implique de manquer, d’avoir peur ou d’être submergé. Au lieu de courir après quelque chose, il faut se recentrer sur ce qu’on aime le plus faire. Dans Candide, Voltaire disait : « Cela est bien, mais il faut cultiver notre jardin. »

Se recentrer et savoir apprécier les moments simples : dire je t’aime à tes parents, à ses proches… Car si tout devait s’arrêter là ? Il est important de savoir lâcher prise, apprendre à observer sans jugement. C’est cette forme d’acceptation, car finalement, tout ça n’est pas si grave. 

J’ai toujours adoré les vieux livres, en particulier quand j’étais jeune. J’adorais imaginer leur passé, les mains au travers desquelles l’ouvrage s’était attardé. Je me disais alors : « Dis donc, toutes ces personnes qui ont eu ces livres, c’est comme une grande photo d’une existence. »

On ne peut pas s’accrocher à ce qui ne nous appartient pas. Il faut faire l’effort pour faire sa vie, essayer de faire son chemin et atteindre la sérénité.

Quelle serait votre définition de vos vacances idéales ?

En vacances, le temps se dilate : ce sont des moments où l’on peut élargir, réfléchir, donner sa place à l’inattendu, et vivre des moments mémorables avec ceux qu’on aime. Des moments précieux faits de rire, de rire et encore de rire ! Ces instants de partage permettent à la fois d’enlever le superflu, de vivre l’instant présent dans la simplicité la plus absolue.

Que vous souhaitez-vous à vous-même pour la suite de votre carrière ?

Je n’aime pas me projeter. Ce qui m’appartient, c’est de garder ma curiosité, de rester fidèle à un mouvement intérieur. Et surtout comprendre que la vie n’est pas seulement une destinée, c’est un chemin qui construit expérience après expérience, tout en nous donnant un contour intérieur, comme disait l’écrivain et voyageur Nicolas Bouvier.

Mais il faut surtout suivre son étoile, comme on suivrait un chemin, tout en essayant de le comprendre. C’est à nous de choisir ce que nous voulons faire de notre existence. J’ai fait ma route, et j’ai envie de donner à mon tour, de transmettre mes expériences et ce que la vie m’a appris. La vie est un battement d’aile de papillon : si l’on attrape un fragile papillon et qu’on le relâche, il reste toujours de la poudre dorée sur nos doigts… C’est une belle métaphore ! Mon conseil serait alors le suivant : débrouille-toi, cherche ton étoile !

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09.01.2026
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