Interview par Alix Senault

François Bitouzet : À la tête d’un VivaTech en pleine accélération

Le directeur général du plus grand événement européen dédié aux startups et à la technologie nous livre sa vision et ses ambitions à l’approche de l’édition anniversaire.

François Bitouzet, directeur général de VivaTech, le plus grand événement européen dédié aux startups et à la tech, fête cette année dix ans. Fort d’expérience terrain, de culture digitale et d’un sens de l’événementiel, il pilote ce rendez-vous devenu incontournable. Rencontre avant l’édition anniversaire à Paris, du 17 au 20 juin.

Quelles étapes ont façonné votre vision de la tech ?

Tout commence en 1986 avec un Amstrad CPC… Comme beaucoup de ma génération, j’ai découvert l’informatique à travers cette machine que mes parents m’ont offert pour Noël. Ce premier contact a été fondateur : j’ai immédiatement perçu que la technologie allait transformer nos vies. Mais le véritable tournant professionnel survient en 2013, lorsque je rejoins Voyages-sncf.com en tant que responsable marketing et digital. Nous étions alors en pleine migration du desktop vers le mobile, un vrai défi ! J’ai découvert une véritable « digital factory », un environnement extrêmement stimulant où l’on mesurait concrètement l’impact du digital sur un secteur traditionnel comme le voyage et le tourisme.Le Covid a constitué un autre moment clé. Il a accéléré la fusion entre économie virtuelle et économie réelle. J’ai ressenti à ce moment-là que la technologie n’était plus seulement un outil, mais un socle structurant de nos sociétés.

Pourquoi avoir accepté la direction de VivaTech ?

C’était une suite logique. Mon rapport à l’innovation a toujours été très fort, et j’ai également une véritable culture de l’événementiel, acquise notamment chez Publicis Live où j’organisais de grands événements internationaux. Diriger VivaTech s’est imposé comme une évidence. Lorsque je suis arrivé, Julie Ranty, ma prédécesseure, avait posé des bases solides. Mon ambition était double : à la fois rationnelle et émotionnelle.Sur le plan stratégique, il s’agissait de faire franchir un cap à l’événement : passer de la startup à la scale-up, renforcer la dimension internationale et positionner VivaTech comme un épicentre mondial de la tech. Aujourd’hui, nous accueillons des visiteurs de 170 pays et comptons davantage de participants internationaux que français. 90 % de nos partenaires se déclarent satisfaits des retombées business post-événement. Mon ambition de cœur était aussi claire : faire de VivaTech ce que la Fashion Week est à la mode ! Un rendez-vous à la fois professionnel, exigeant, créatif, avec cette touche « French-made » faite de rigueur, d’élégance et d’art de recevoir. VivaTech n’est pas seulement un événément, c’est avant tout une expérience !

© Olivier Vigerie

Comment célébrez-vous cette édition anniversaire ?

Cette édition sera exceptionnelle. Nous voulons célébrer celles et ceux qui innovent aujourd’hui, mais aussi ceux qui inventeront demain. Concrètement, nous passons « puissance 10 » : 30 % de surface supplémentaire, soit 70 000 m², une dimension encore plus internationale, avec notamment l’Allemagne comme pays à l’honneur et une place prépondérante accordée à l’IA, y compris dans notre application de business matching. Nous avons réuni un casting d’intervenants à la hauteur de l’événement et préparé une surprise dans un lieu emblématique de Paris, affaire à suivre… 

Quels seront les grands thèmes structurants de l’édition ?

Nous avons structuré le programme autour des grandes « révolutions en cours » avec quatre piliers majeurs : l’IA, la robotique, la quantique et la transformation des écosystèmes business. Ces technologies impactent déjà à elles seules plus de 30 secteurs : santé, énergie, finance, mobilité, défense… Nous abordons également les enjeux géopolitiques : incertitudes, montée des puissances technologiques, place de l’Europe et nécessité d’une vision commune. Nous avons décliné ces réflexions en dix sous-thématiques : cybersécurité, deeptech, leadership technologique, transition énergétique… Notre objectif est d’apporter un éclairage sur ces transformations plutôt que de simplement les exposer.

La tech peut-elle être un levier de résilience géopolitique ?

La technologie peut parfois amplifier certaines tensions. Mais elle peut aussi constituer une part de réponse… C’est paradoxal. Le développement de l’informatique quantique, par exemple, pourrait révolutionner la cybersécurité et renforcer la protection des infrastructures critiques. La tech repose sur des partenariats et des réseaux internationaux : elle est par nature interconnectée. Je crois profondément à une approche collaborative. L’innovation ne se fait pas en vase clos.

À qui s’adresse VivaTech ?

VivaTech reste avant tout un événement B2B pour parler d’innovation aux entreprises. Mais notre spécificité est avant tout de rassembler l’ensemble des parties prenantes : startups, grands groupes, investisseurs, institutions, chercheurs… Le samedi, nous ouvrons également nos portes au grand public. C’est un moment important qui permet à chacun de comprendre les technologies qui façonneront le monde de demain.

Quel impact concret la tech a-t-elle aujourd’hui sur les entreprises ?

La technologie est devenue un moteur stratégique. Selon notre baromètre, 98 % des dirigeants estiment qu’elle renforce leur compétitivité, et 64 % qu’elle améliore significativement leur productivité.Les progrès réalisés en dix ans sont vertigineux : cloud computing, 5G, intelligence artificielle générative… Ces outils permettent d’optimiser les processus, d’accélérer la prise de décision, d’améliorer l’expérience client et de développer de nouveaux modèles économiques. La tech n’est plus seulement un département : elle est au cœur de la performance.

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26.03.2026
par Alix Senault
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