Interview

«C’est un moment passionnant pour être en vie et s’attaquer ensemble aux défis environnementaux»

11.09.2021
par Andrea Tarantini

Dans le cadre des débats sur le changement climatique, comment coordonner les scientifiques, les décideurs politiques et le monde des affaires? Comment la finance peut-elle contribuer au bien-être de notre planète? Børge Brende, Président du Forum économique mondial (WEF), répond à nos questions.

Aujourd’hui, l’importance croissance de la question climatique impacte de nombreux secteurs, et notamment celui de la finance. L’intérêt pour des investissements durables qui intègrent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) continue en effet d’augmenter, tant en Suisse qu’ailleurs. Désormais, la finance durable n’est plus simplement comprise comme une mode, mais comme une approche nécessaire. 

Dans le cadre du débat environnemental, quel est le rôle du Forum? Pourquoi est-il important que la finance contribue à la transition énergétique? Quels sont les défis auxquels est confrontée la finance dite verte? Dans l’interview qui suit, Børge Brende, Président du Forum économique mondial, répond à nos questions sur la finance et son impact sur le changement climatique, et nous expose son point de vue sur l’avenir de notre planète. 

Børge Brende, quelle est la mission du Forum? 

Dans un sens large, la mission du Forum est de travailler pour l’intérêt public en améliorant le monde. Lorsque des problèmes délicats, tels que le changement climatique, requièrent l’attention de plusieurs acteurs, comme des gouvernements, des entreprises ou des experts scientifiques par exemple, la plateforme du Forum se charge de rassembler les différentes parties concernées afin qu’elles discutent, partagent des informations et des connaissances qui stimulent des solutions innovantes. 

La question environnementale est au centre de l’attention: quel est l’impact du changement climatique sur l’économie? 

Aujourd’hui, les événements météorologiques sont extrêmement variables. En 2020, de nombreux incendies ont éclaté en Australie et dans la toundra, les jours de pluie étaient interminables et plus de 26 tempêtes venant de l’Atlantique ont frappé la côte Est et les golfes des États-Unis et du Mexique. Les tempêtes étaient si nombreuses que les membres de l’Organisation météorologique mondiale ont dû les renommer et se sont presque retrouvés à court de lettres pour le faire. Ces situations représentent des milliers de milliards de dollars de dégâts. Les extrêmes deviennent déjà plus extrêmes et plus fréquents, mais cela ne fait que commencer. Un jour, la variabilité et la sévérité de ces événements météorologiques augmentera drastiquement. 

De nombreuses personnalités influentes de la scène économique participent aux réunions du Forum. Quel est leur rôle dans le contexte du changement climatique? 

Les leaders scientifiques et les groupes environnementaux soulignent avec insistance que nous avons un problème. Les dirigeants d’organisations internationales ont en tête l’agenda 2030 et peuvent articuler les défis scientifiques et sociaux dans le contexte de ce que la communauté internationale doit faire. Nous avons ensuite les chefs d’entreprise, les acteurs de la finance et les gouvernements qui doivent aussi mettre la main à la pâte. Parmi ces acteurs, certains voient rapidement les problèmes liés au changement climatique et essayent de trouver des solutions parce qu’ils voient le potentiel de l’innovation et comprennent pourquoi nous devons agir. D’autres avancent plus lentement, mais finissent par voir les conséquences du changement climatique. Tous ces acteurs ont des rôles différents, mais leur implication permet au débat d’être moins axé sur l’industrie et d’inclure aussi des secteurs comme l’innovation et la technologie par exemple. 

De nombreux projets se mettent en place dans le secteur de la finance verte qui se soucie, elle aussi, des dangers liés au changement climatique.

Pourquoi est-il important que la finance apporte également sa contribution? 

Aujourd’hui, si l’on est un sexagénaire qui a investi son argent durement gagné, le plus grand risque que l’on constate dans son plan de retraite est le changement climatique. Il devient alors peu stratégique d’investir dans des secteurs qui augmentent ce risque et on préfèrera plutôt atténuer les risques en investissant par exemple dans des technologies renouvelables et plus propres. C’est exactement ce qui se passe dans la communauté des investisseurs. Il existe une manoeuvre stratégique appelée Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ). Elle regroupe environ 160 institutions financières, propriétaires d’actifs, fonds de pension et fonds souverains, banques, gestionnaires d’actifs et assureurs qui s’engagent à atténuer les risques liés au changement climatique. La communauté bancaire internationale s’aligne également sur cette démarche et s’intéresse à ces risques financiers. De nombreux projets se mettent en place dans le secteur de la finance verte qui se soucie, elle aussi, des dangers liés au changement climatique. 

Quels sont les défis auxquels est confrontée la finance dite verte? 

Les relations entre les scientifiques, les décideurs politiques et le monde des affaires ne sont pas toujours faciles. Il n’est en effet pas aisé de réunir les bonnes personnes, de sensibiliser tout le monde au problème du changement climatique et de fixer des objectifs clairs pour s’assurer d’être sur la bonne voie. 

Dans le contexte de la crise climatique, comment voyez-vous l’avenir de notre planète? 

Indépendamment de nous, notre planète existera encore pendant quelques milliards d’années. Il s’agit vraiment de savoir ce que nous choisissons de faire en tant que société et ce choix est entre nos mains! Nous devrions nous demander: que signifie être humain aujourd’hui? Comment devrions-nous gérer notre vie? Quel type de société voulons-nous créer? Pouvons-nous être en harmonie avec ce que la nature peut nous offrir? Nous savons tous que le problème du changement climatique est réel et nous pouvons à présent nous concentrer sur les solutions car nous disposons de toutes les données et technologies nécessaires pour y parvenir. Rien ne nous empêche de créer un monde égalitaire et prospère, si ce n’est notre incapacité à collaborer de manière efficace. La route n’est pas toute tracée, mais je suis définitivement optimiste quant à l’avenir de notre planète et confiant quant à la prochaine génération! C’est un moment passionnant pour être en vie et s’attaquer ensemble aux défis environnementaux. 

Interview Andrea Tarantini
Photos Forum économique mondial 

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