Interview par Alix Senault

Stéphane Fallet : Au service d’une IA performante et pragmatique

IA, pragmatisme et responsabilité : la vision d’un entrepreneur engagé.

Entrepreneur reconnu, Stéphane Fallet a toujours privilégié une approche pragmatique de l’intelligence artificielle, en mettant la technologie au service de problématiques concrètes. Cofondateur de Rapid Rise et partenaire chez Embiggen X, il développe une plateforme et des solutions innovantes intégrant l’IA afin d’automatiser les tâches administratives et de fluidifier les processus au sein des entreprises. Également président de l’association AI Swiss, il milite pour une IA souveraine, responsable et accessible à tous. Rencontre avec un acteur engagé qui revient sur son parcours et partage sa vision de l’IA de demain.

Quel est votre parcours et pourquoi vous êtes-vous orienté vers la tech et l’IA ?

J’ai suivi une formation académique axée sur le business, avec, déjà durant mes études, une fibre entrepreneuriale très marquée. Dès mes débuts, je me suis intéressé à l’intelligence artificielle et à ses perspectives, d’abord par curiosité, puis par réel intérêt. Je travaillais alors dans la finance en appliquant le machine learning, et j’ai rapidement compris le potentiel immense de ces outils. En les appliquant à de multiples domaines, les possibilités deviennent considérables !

En 2013, j’ai créé à Zurich mon premier projet entrepreneurial d’envergure : un site d’e-commerce dédié à la vente de paniers et de produits du terroir issus des fermes locales. À cette période, je me suis également lancé dans le sport de haut niveau, notamment en pratiquant le triathlon. Cette discipline m’a appris à canaliser mon énergie et m’a donné l’envie de la mettre entièrement au service de l’entrepreneuriat, à travers des projets concrets, utiles et rapidement exploitables. C’est ainsi qu’est née l’entreprise Rapid Rise, puis l’association AI Swiss, avec l’ambition de rendre l’IA accessible à la population suisse, de manière responsable et éthique, en plaçant l’humain au centre.

Comment anticipez-vous les avancées et les menaces que représente l’IA ?

Nous avons la chance, au sein d’AI Swiss, de réunir de nombreux experts et entreprises. Cela nous permet de suivre de très près l’évolution de la recherche et de l’IA. Avec Rapid Rise et Embiggen X, nous sommes également sur le terrain, confrontés aux problématiques réelles des entreprises. C’est essentiel pour comprendre les tendances, identifier les bonnes pratiques et les rendre accessibles au grand public. L’IA est un outil formidable, mais elle comporte un certain nombre de risques qu’il faut savoir anticiper. L’aspect humain est fondamental : il faut renforcer l’esprit critique de l’humain tout en augmentant ses capacités. Avec la quantité de données disponibles aujourd’hui, les connaissances peuvent être exploitées dans tous les domaines. D’où l’importance d’une information de qualité et d’un cadre d’application clair.

Stéphane Fallet

En tant que fondateur d’AI Swiss, sur quels axes travaillez-vous avec vos experts ?

Chez AI Swiss, la formation est un pilier central de notre action. L’enjeu n’est pas d’« utiliser plus d’IA », mais plutôt de savoir quand, comment et pourquoi l’utiliser. Nous accompagnons également les entreprises dans cette même logique : aider à doser l’usage des outils et à préserver la responsabilité humaine dans les processus décisionnels. Il est essentiel de pouvoir questionner et vérifier la trajectoire que prennent ces systèmes, car la prise de conscience doit être collective. Cela implique d’affiner les sources, de rendre les mécanismes intelligibles et de cadrer les systèmes afin d’orienter leurs comportements de manière responsable et traçable. Anticiper les effets cognitifs, sociaux et organisationnels de l’IA n’est pas un luxe : c’est une condition de souveraineté et de durabilité.

La « bulle » de l’IA risque-t-elle d’exploser ?

Il faut distinguer la bulle financière de la bulle technologique. Une explosion de la bulle technologique me paraît improbable. La révolution est extrêmement rapide et productive, au point qu’il est difficile d’imaginer un arrêt brutal. En revanche, certains flux financiers et indicateurs peuvent être préoccupants. Pour l’instant, toutefois, la dynamique reste très forte.

En quoi les solutions proposées par Rapid Rise et Embiggen X sont-elles devenues incontournables ?

L’apport majeur de nos solutions réside dans leur capacité à réduire très significativement la charge de travail liée aux processus administratifs. La platforme Rapid Rise permet d’optimiser tout ce qui est répétitif, chronophage et peu différenciant, l’IA libère du temps et de l’énergie, permettant aux équipes de se recentrer sur des tâches à haute valeur ajoutée. Notre objectif, avec cette platforme, est d’être accessibles aux entreprises de toute taille. Nous démontrons concrètement que ces solutions sont utilisables et efficaces très rapidement. Nos solutions sont conçues sur mesure afin de répondre précisément aux besoins de chaque organisation. En complément, nous proposons également des solutions IA sur mesures avec Embiggen X, à très haute performance, notamment des solutions d’optmisation de processus et analyse avancée de donnés basées sur l’IA pour toute PME désirant progresser et améliorer leur performance.

Quel impact sur l’économie suisse ?

La Suisse reste un pays prudent, mais très en avance technologiquement, notamment grâce à l’EPFL et à son écosystème de start-up et d’entreprises tech. Contrairement à l’Union européenne, qui a cherché à réguler la technologie en amont, la Suisse a choisi de consulter avant de réguler les usages et les pratiques. Sur le terrain, on observe que, depuis trois ans, le grand public s’est familiarisé avec l’IA et en a adopté l’usage. Les grands groupes ont, quant à eux, investi très tôt, suivis par les PME, qui ont désormais la possibilité d’adapter ces technologies à presque tous les secteurs.

En quoi l’IA influence votre vie ?

De manière radicale ! C’est un outil fascinant qui évolue sans cesse, avec des nouveautés chaque semaine. Le rythme est effréné, mais, paradoxalement, cette rapidité ouvre aussi de nombreuses opportunités et perspectives.

Comment définir une IA responsable et comment la garantir ?

Il existe de nombreuses intentions dans ce sens, mais avec AI Swiss, nous souhaitons aller plus loin en créant un label valorisant un impact positif sur l’humain. Nous accompagnons déjà les utilisateurs afin d’éviter les « boîtes noires ». Là où l’on évoque classiquement le « human in the loop », nous défendons une approche « AI in the loop » plus structurée, avec un humain qui reste présent à chaque étape comme vérificateur actif et arbitre final, garant de la responsabilité et de l’éthique.

L’IA sera-t-elle un jour autonome ?

Tout dépend du chemin que nous choisissons. Si l’on ne fait pas attention, on pourrait techniquement confier à l’IA une autonomie totale. Mais nous avons aussi la possibilité de suivre une autre voie, où l’humain reste souverain et maître de la décision.

Quelles évolutions majeures pour 2026 ?

Certaines innovations surgiront probablement de nulle part. La robotique intégrant l’IA va, selon moi, se développer très rapidement. À court terme, nous allons surtout assister à une généralisation massive de l’IA : tout le monde l’adoptera, bon gré mal gré. Nous nous dirigeons vers un monde de plus en plus dual, où les produits et services développés sans IA deviendront marginaux.

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25.02.2026
par Alix Senault
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