Partage d’expertises, formation, développement d’innovations, mise en relation… Un écosystème dense et porteur se découvre au cœur du Technopôle de Sainte-Croix. Actuellement occupé à pleine capacité, le Technopôle nourrit désormais des projets d’extension afin d’accueillir toujours plus d’acteurs en son cœur. Rencontre avec Hélène Mazerolle, qui dirige le Technopôle depuis 2022, et Sylvain Hugon, professeur HES associé à la HEIG-VD, qui nous partagent leur vision.

En quoi le Technopôle participe-t-il aux évolutions du secteur ?
Hélène Mazerolle : Depuis toujours, la mécanique de précision, aujourd’hui appelée microtechnique, est au cœur du savoir-faire régional. Le Technopôle accompagne les entreprises locales de ce secteur en leur offrant un environnement propice à l’innovation et au développement de nouvelles compétences.
Quelles sont les possibilités qu’offre le Technopôle en termes de services ?
H.M. : Nous proposons un hébergement pour les entreprises sous plusieurs formes : de la domiciliation à la co-construction, en passant par l’incubation et l’installation. Nous allons également plus loin en proposant un accompagnement dans les projets et le transfert de technologie. Le site accueille notamment le Centre de compétences Comatec-AddiPole de la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud (HEIG-VD) : spécialisé en impression 3D, il accompagne les entreprises par des mandats industriels, des travaux de Bachelor et de Master ou des projets de R&D. Toute la chaîne de prototypage est disponible sur place : une entreprise peut venir avec une idée et repartir avec un prototype finalisé, contrôlé et prêt à être industrialisé.
Le transfert de compétences est un point clé. Récemment, dans l’industrie de précision, le plomb a été banni comme composant des matières premières pour des raisons principalement environnementales. Or, dans les alliages, le plomb facilite l’usinage et est très utilisé. De nombreuses entreprises nous ont alors indiqué rencontrer des difficultés pour usiner ces matières sans plomb. En tant que facilitateur proactif, le Technopôle a collaboré avec l’atelier d’usinage du Centre professionnel du Nord vaudois (CPNV) et Sandvik Coromant. Des pistes de solutions ont été présentées lors d’un après-midi dédié à l’usinage des matières sans plomb. Un partage de connaissances opportun pour faciliter l’adaptabilité et l’évolution des entreprises du secteur.
Quelles entreprises ou start-up accueillez-vous actuellement ?
H.M. : Nous comptons plusieurs institutions de formation et centres de compétences, comme la HEIG-VD, avec son pôle spécialisé en fabrication additive et procédés de finition. La filière polymécanique du CPNV dispose aussi d’un atelier de prototypage installé dans nos locaux. Le Swiss Welding Institute (SWI) dispose de la seule salle certifiée par l’ESA en Suisse délivrant des certifications en brasage électronique à destination du spatial.
Concernant les entreprises, nous accueillons CAP14, spécialisée en usinage de précision pour l’horlogerie et la mécanique d’art, actuellement en fin d’incubation. Nous hébergeons également IKRtech, une entreprise active dans la conception et la fabrication de moteurs électriques sur-mesure, principalement pour des applications dans l’automation, le semiconducteur, la machine-outil et le spatial.
Sylvain Hugon : Parmi les entreprises domiciliées au Technopôle, nous travaillons actuellement avec IBLEO, dans le cadre d’un projet Franco-Suisse INTERREG que je copilote avec l’UTBM à Belfort-Montbéliard. Nous développons un procédé novateur de dépôt de couches épaisses en céramique qui sont biocompatibles, particulièrement résistantes et durables. Cette technologie vise des applications en horlogerie, dans le médical ou encore dans l’industrie automobile et la défense. Elle permet d’augmenter la durée de vie des composants et de réduire les cycles de maintenance, répondant aux besoins des industriels qui attendent des solutions fonctionnelles avec une réelle valeur ajoutée. Les premières pièces sont en cours de qualification.
Comment créez-vous des synergies ?
H.M. : Notre rôle est avant tout de créer les bonnes connexions. Nous faisons notamment de la mise en relation en proposant des événements techniques sur des thématiques précises afin de rassembler et de mutualiser les savoir-faire. Lorsqu’une entreprise nous sollicite, nous identifions les compétences nécessaires et organisons les mises en relation, localement ou à l’échelle régionale. Nous sommes un facilitateur au service de l’écosystème et orientons les entreprises vers les partenaires adaptés pour des soutiens académiques, administratifs ou financiers.
Quelles sont les infrastructures et spécificités du Technopôle ?
H.M. : La spécificité du Technopôle réside dans la proximité entre formation, recherche appliquée et industrie. La HEIG-VD y développe des projets de transfert de technologie en lien direct avec les besoins du terrain. Les entreprises qui s’installent au Technopôle bénéficient d’ateliers industriels ou de bureaux privatisés adaptés à leurs besoins. Il ne leur reste ainsi plus qu’à se concentrer sur leur cœur de métier. La proximité avec les autres entreprises et les centres de compétences facilite les collaborations : les prototypes sont souvent réalisés dans les ateliers adjacents.
Quelle place accordez-vous à la formation des jeunes talents ?
H.M. : Elle est essentielle ! En collaboration avec le CPNV et la HES-SO dont la HEIG-VD est membre, nous accompagnons les jeunes dès l’apprentissage jusqu’au diplôme d’ingénieur et au-delà lors de la création de start-up. Nous avons également la possibilité de soutenir des projets d’étudiants, quel que soit leur niveau de formation. Nous organisons chaque année une Journée des jeunes ingénieurs, durant laquelle nous invitons des élèves de 9e année de Sainte-Croix à participer à des ateliers de découverte de l’ingénierie. Il est crucial de susciter des vocations dès le plus jeune âge. Chaque année, nous organisons également des portes ouvertes afin de faire découvrir l’écosystème au grand public.
Avez-vous des projets d’évolution pour le Technopôle ?
H.M. : Oui, nous travaillons sur un projet d’extension avec un à deux nouveaux bâtiments représentant une surface locative allant jusqu’à 4600 m². Environ 80 % des surfaces du premier bâtiment sont déjà pré-réservées par des entreprises intéressées, et la recherche d’investisseurs est en cours. Nous souhaitons concevoir un bâtiment fonctionnel, avec des ateliers équipés, à coût maîtrisé. Si tout se déroule comme prévu, les travaux pourraient débuter en 2027 pour une mise en service en 2029.
Selon vous, qu’est-ce qui fait la force de cet écosystème ?
S.H. : « Small is beautiful » – notre force, c’est notre taille humaine : nous sommes une petite structure agile, capable de réfléchir collectivement et d’évoluer rapidement. Dans un petit pays, le réseau est une véritable richesse. C’est cette proximité avec l’ensemble des acteurs qui fait toute la différence.
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