Pilier historique de l’économie française, l’industrie traverse aujourd’hui une période charnière. Dans ce paysage en mouvement, le salon Global Industrie (du 30 mars au 2 avril à Paris Nord Villepinte) s’impose comme un baromètre incontournable. Véritable vitrine du savoir-faire industriel français, il rassemble l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie de demain. Julie Voyer, directrice du salon, et Sébastien Gillet, directeur général de GL events Exhibitions Industries, livrent leur analyse.

Julie Voyer pose d’emblée le décor : un monde « bipolarisé et très concurrentiel », dominé par les États-Unis et la Chine, dans lequel l’Europe cherche encore sa voie vers une politique industrielle commune. Mais loin d’y voir une fatalité, elle préfère souligner le potentiel qui en découle : « La transformation est en cours, et elle ouvre des perspectives concrètes. 153 000 postes sont aujourd’hui à pourvoir dans l’industrie française, c’est un vivier de savoir-faire et de belles carrières. »
Un optimisme que Sébastien Gillet partage pleinement : « Le verre est à moitié plein. Malgré un contexte macroéconomique compliqué, on sent une vraie résilience et un dynamisme du marché industriel français. » Un atout majeur réside dans le caractère polyindustriel du pays, capable de s’appuyer sur plusieurs filières fortes, à condition, selon lui, de bénéficier d’un réel appui politique durable.
Une vitrine immanquable
Le salon Global Industrie répond précisément à ces enjeux. « L’industrie avait besoin de sa grande usine », résume Sébastien Gillet. Avec près de 2500 exposants, le salon offre une visibilité unique aux machines, aux innovations et aux savoir-faire industriels. Julie Voyer insiste sur la dimension fédératrice de l’événement : « Nous rassemblons tous les acteurs de la chaîne industrielle, toutes filières confondues, c’est sa plus grande force. »
IA, data et durabilité
L’intelligence artificielle s’inscrit désormais durablement dans le paysage industriel. « Elle est présente depuis longtemps, notamment pour optimiser les coûts, la maintenance ou le contrôle qualité », rappelle Sébastien Gillet. L’enjeu aujourd’hui est de la repositionner comme un outil au service de l’humain, dans un contexte où la robotisation reste encore insuffisante dans certaines usines. Julie Voyer observe, de son côté, une accélération spectaculaire des mutations : fabrication additive, data omniprésente, jumeaux numériques, cybersécurité, 5G…
Talents et réindustrialisation
Si la modernisation progresse, elle ne va pas aussi vite que souhaité. « La prise de conscience est là, mais les freins financiers, fonciers et de recrutement demeurent, en particulier pour les PME et TPE qui représentent 90 % du tissu industriel français », note Sébastien Gillet. Julie Voyer observe toutefois une dynamique positive de réindustrialisation, notamment à travers des projets comme la Vallée de la batterie, le Canal Seine-Nord Europe, ou encore les reconversions d’anciennes friches industrielles, sujets au cœur de la dernière édition du SEPEM Industries de Douai. Enfin, attirer les talents reste un enjeu central. « Il faut changer les mentalités et casser l’image d’une industrie dépassée, car c’est tout le contraire ! L’industrie offre des carrières locales, qualifiées, bien rémunérées et porteuses de sens. » insiste Julie Voyer.
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