Bienvenue à l’association Le Foyer, qui accueille et accompagne des enfants et des adultes en situation de handicap, aveugles, malvoyants, avec ou sans déficiences intellectuelles et/ou porteurs de troubles du spectre autistique. Offrant une résidence accessible dès 18 ans pour ces profils, elle permet à ses résidents de pratiquer des activités de jour, de travailler et de s’épanouir au quotidien. Depuis 1997, Le Foyer a également développé un accompagnement spécifique pour les personnes avec autisme, grâce à une équipe pédagogique formée et sensibilisée à la méthode TEACCH. Rencontre avec Sandrine Conus, responsable pédagogique, et Jean-Michel, résident au Foyer.

Sandrine Conus
Responsable pédagogique
Vous exercez au Foyer depuis plus de 20 ans. Comment décririez-vous la vocation du Foyer ?
J’ai commencé ma vie professionnelle au Foyer en 1998, lors d’un premier stage qui a été une expérience déterminante pour la suite de mon parcours. J’ai tout de suite ressenti une forte affinité avec les équipes et la philosophie de l’institution. En 2003, j’y ai débuté ma carrière, et cela s’est imposé comme une évidence de m’engager au sein de cette structure.
Le Foyer a pour vocation d’accompagner des personnes en situation de handicap tout au long de leur vie, en leur offrant un cadre structurant, bienveillant et adapté à leurs besoins. Nous accueillons différents publics, avec une organisation en plusieurs pôles : une école pour les enfants de 4 à 16 ans, une structure pour les adolescents de 16 à 20 ans, puis des structures pour les adultes.
Historiquement, certaines associations ont œuvré pour créer des écoles sans internat, afin que les jeunes puissent maintenir un lien fort avec leur famille. Aujourd’hui encore, cet équilibre est important : certaines personnes vivent en internat, tandis que d’autres profitent d’activités de jour en externat et rentrent chez elles chaque soir.
Nous accompagnons également des personnes malvoyantes avec déficience intellectuelle, ainsi que des groupes d’adultes avec autisme. Pour les personnes plus âgées, des ateliers spécifiques sont proposés. Le Foyer compte aujourd’hui environ 320 collaborateurs pour 110 résidents, ce qui permet un accompagnement individualisé et de qualité.
Au départ, le Foyer accueillait des personnes malvoyantes et non voyantes. Comment en êtes-vous venus à intégrer les troubles du spectre autistique ?
Il y a eu deux évolutions en parallèle. Historiquement, nous avions déjà une entité qui accueillait des jeunes aveugles présentant des troubles autistiques, mais cette structure a ensuite été transférée dans une autre association à Lausanne.
Cependant, les besoins restaient très importants. À l’époque, les enfants autistes étaient souvent intégrés dans des classes regroupant différents types de handicaps. Cette approche ne fonctionnait pas, car leurs besoins spécifiques n’étaient pas suffisamment pris en compte. Certains enfants se retrouvaient en grande difficulté, voire complètement oubliés.
Face à ce constat, le Conseil du Foyer a pris, dès 1997, la décision de créer une section spécifiquement dédiée aux enfants avec autisme. Cette structure a évolué rapidement et accueille aujourd’hui une vingtaine d’enfants. Cela a permis de proposer un cadre adapté, avec des approches pédagogiques spécifiques et une meilleure compréhension de leurs besoins.
Comment se déclinent les pédagogies adaptées, notamment la méthode TEACCH ?
La méthode TEACCH est vraiment une base importante dans notre travail. Cette approche est reconnue par les référentiels de pratiques prouvées européens et a fait ses preuves auprès des personnes avec autisme. Personnellement, je l’utilise depuis le début de ma carrière, et j’ai pu voir concrètement les progrès que cela permet.
L’idée principale, c’est de structurer au maximum l’environnement et les apprentissages. Nous proposons des repères clairs, stables et visuels pour sécuriser les personnes et les aider à mieux comprendre ce que l’on attend d’elles. Cela permet de travailler à la fois sur les aspects sensoriels et cognitifs, mais aussi sur l’organisation et surtout sur l’autonomie.
Au Foyer, nous nous inspirons beaucoup de cette méthode. On l’adapte à chaque personne, en fonction de ses besoins, de son rythme et de ses capacités. L’École pour Enfants Atteints d’Autisme (EEAA) a aussi été une école pilote dans la région, ce qui nous a permis d’expérimenter de nombreuses choses et de développer des pratiques assez innovantes.
Au final, notre objectif est vraiment que chaque personne puisse acquérir des compétences utiles au quotidien, gagner en autonomie et trouver sa place dans la vie sociale.
Quelles sont les valeurs profondément ancrées au sein du Foyer ?
Nos valeurs reposent avant tout sur la bienveillance, la vie en communauté et le respect de la personne. Nous plaçons toujours l’individu au centre de son projet, en tenant compte de ses capacités, de ses besoins et de son rythme.
L’association s’appuie sur cinq valeurs fondamentales qui guident les pratiques professionnelles :
- Le respect : reconnaître la dignité et la valeur de chaque personne.
- L’épanouissement de la personnalité : considérer chacun comme unique et favoriser son développement.
- La compétence : garantir un accompagnement de qualité basé sur des savoirs professionnels solides.
- L’engagement : impliquer activement les professionnels, les résidents et les familles.
- Le bien-être : veiller à la qualité de vie, tant sur le plan physique que psychologique.
Nous travaillons beaucoup sur le développement de la communication, sur le suivi de la scolarité lorsque c’est possible, mais surtout sur l’autonomie. L’objectif principal est de développer la communication et les interactions, favoriser l’autonomie, soutenir le développement global de l’enfant (cognitif, social, émotionnel) et préparer progressivement son inclusion sociale et scolaire.
Dans la méthode TEACCH, les parents ont un rôle très important. Ils sont considérés comme de véritables partenaires dans l’accompagnement de leur enfant, et même comme les premiers spécialistes de celui-ci.
L’objectif est de créer une continuité entre les différents lieux de vie, notamment entre la maison et les structures d’accompagnement. Pour cela, la collaboration avec les familles est essentielle. Les parents sont pleinement impliqués dans les projets et participent activement à la compréhension des besoins de leur enfant.
Concrètement, ils peuvent contribuer à la mise en place d’outils visuels, à l’organisation de l’environnement à la maison et à la généralisation des apprentissages dans la vie quotidienne. Nous travaillons main dans la main avec eux et nous échangeons régulièrement sur les difficultés rencontrées, que ce soit au Foyer ou à la maison.
Cette co-construction est indispensable, car elle permet d’assurer une continuité et une cohérence dans l’accompagnement, ce qui est essentiel pour le développement et l’autonomie de l’enfant.
Pourquoi est-il crucial de développer l’inclusion dans notre société ?
L’inclusion des personnes en situation de handicap reste un enjeu majeur dans notre société. Malgré les avancées, elles font encore face à des jugements, des incompréhensions et parfois à des discriminations.
Pour faire évoluer les mentalités, il est essentiel de rendre ces réalités visibles et de changer le regard porté sur le handicap. Il ne s’agit pas seulement de reconnaître les difficultés, mais aussi de mettre en avant les compétences, les ressources et le potentiel de ces personnes.
L’autisme, par exemple, est encore mal compris. Les représentations médiatiques restent souvent limitées et ne reflètent pas la diversité des profils. Les témoignages des personnes concernées sont donc essentiels pour sensibiliser et mieux comprendre leurs parcours.
Comme le rappelle la co-présidente d’Autisme Suisse romande, la société sous-estime souvent la richesse que représentent ces personnes, alors qu’elles peuvent être très performantes dans un environnement structuré et adapté. Une personne autiste peut être un véritable atout dans un environnement professionnel, notamment parce qu’elle apporte souvent des compétences et des qualités spécifiques. On retrouve fréquemment une grande rigueur, une capacité de concentration importante et un sens du détail très développé. Cela peut être particulièrement précieux dans des tâches qui demandent de la précision, de la répétition ou de l’organisation.
De nombreuses personnes autistes ont aussi une forte honnêteté, un respect des règles et un engagement sérieux dans leur travail. Elles peuvent également être très efficaces dans un environnement structuré, avec des repères clairs et des attentes définies.
Au-delà des compétences, leur présence permet aussi de diversifier les points de vue au sein d’une équipe, ce qui enrichit les pratiques et favorise une meilleure ouverture d’esprit.
Bien sûr, cela nécessite parfois des adaptations de l’environnement et des modalités de travail, mais avec un cadre adapté, une personne autiste peut apporter une réelle valeur ajoutée à une équipe.
Enfin, des dispositifs comme le job coaching vont dans le bon sens, mais il reste encore beaucoup à faire pour que l’inclusion soit réellement effective, dans les faits comme dans les mentalités.

Jean-Michel avec ses parents
Résident au Foyer
Quelles étaient tes premières impressions à ton arrivée au Foyer et comment s’est passée ton intégratio ?
Au début, ce n’était pas facile pour moi. J’avais beaucoup de difficultés à gérer mes émotions, je faisais des crises d’angoisse et je me sentais parfois dépassé. C’était une période compliquée à gérer. Avec le temps, j’ai appris à mieux comprendre et à gérer mes émotions. L’accompagnement des professionnels m’a beaucoup aidé. Petit à petit, j’ai commencé à me sentir à l’aise ici.
Aujourd’hui, j’apprécie vraiment le Foyer. J’aime venir travailler, passer du temps avec les autres, faire des blagues et partager des moments de convivialité.
Les parents de Jean-Michel
Avant d’arriver au Foyer, Jean-Michel était dans différentes structures spécialisées, mais cela ne lui convenait pas. Il avait les capacités, mais il était très frustré et stressé, ce qui l’empêchait de les exprimer. C’est notre pédiatre qui nous a orientés vers le Foyer. Il y a d’abord fait un stage en 2012, à l’âge de 10 ans, et a finalement été accepté au sein de l’établissement. À ce moment-là, il s’exprimait très peu, voire pas du tout.
Progressivement, il a développé le langage, appris à lire et à communiquer plus librement. L’équipe pédagogique a su identifier ses besoins et anticiper ses difficultés, en travaillant étroitement avec nous. Il a aussi créé des liens très forts avec les éducateurs et les stagiaires. Ces relations ont été déterminantes pour renforcer sa confiance en lui. Nous avons également toujours mis Jean-Michel au cœur de nos vies : nous veillons à ce qu’il soit bien, intégré et qu’il nous accompagne partout. Ensemble, nous pratiquons des activités en famille comme la pêche, la chasse, les randonnées en pleine nature ou encore nous assistons à des matchs de hockey sur glace.
Quelles sont les activités que tu pratiques au Foyer ?
Je travaille à l’atelier service. Nous faisons différentes activités, comme le conditionnement de K-Lumet ou le pliage de serviettes à la blanchisserie avec une calandre (presse chauffante). J’y ai trouvé mon rythme et je m’épanouis dans mon travail.
Je fais aussi de la vannerie : nous fabriquons des paniers, des lampes, des brosses et d’autres objets. C’est un travail manuel et créatif que j’aime beaucoup.
Je participe également à l’atelier équin, à Martherenges. Je m’occupe des chevaux à l’écurie, je les nourris, je nettoie les boxes et je les emmène au paddock. J’aime beaucoup être en contact avec les chevaux : ils m’apaisent et me font du bien.
Quelles sont les difficultés que tu peux rencontrer et comment le Foyer t’aide ?
J’ai réussi à surmonter mes difficultés grâce au soutien des professionnels. Ce qui m’a le plus aidé, c’est de me sentir accompagné, respecté et écouté.
Les activités m’ont aussi permis de progresser et de gagner en confiance. Aujourd’hui, j’arrive mieux à communiquer avec les autres et à gérer certaines situations.
Même en dehors du Foyer, par exemple en vacances avec mes parents, je me sens plus à l’aise dans les interactions.
Comment se passent tes relations avec les autres ?
Je travaille dans une petite équipe d’environ cinq personnes. Je me sens bien entouré, dans un cadre sécurisant. Je sais ce que j’ai à faire et je retrouve mes collègues tous les jours dans une bonne ambiance. Cela me rassure et me motive.
Quelles sont tes passions et comment imagines-tu ton avenir ?
J’aime beaucoup regarder des films et des émissions de télévision, notamment C’est Canteloup et Les douze coups de midi, que je regarde avec mes parents. On rigole beaucoup ensemble. Je suis aussi passionné de sport. J’adore le hockey sur glace et je soutiens le Lausanne HC. Je vais souvent voir les matchs, que ce soit en championnat ou en coupe d’Europe. J’aime aussi le football, notamment le FC Lausanne et le FC Sion.
J’aime aussi beaucoup la nature, les animaux et découvrir de nouvelles choses. Je suis toujours curieux et à la recherche de nouvelles expériences.
Aujourd’hui, je vois que je progresse toujours plus, notamment dans la gestion de mes émotions, même dans des situations intenses comme les matchs. J’ai envie de continuer à avancer, à apprendre et à vivre de nouvelles expériences.
Plus d’informations sur www.lefoyer.ch

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